
Il y a deux ans, le duo français Crista Galli avait créé la surprise auprès des
amateurs de musiques zen et relaxantes, en publiant sur l’actif label nantais Prikosnovénie un premier album de toute beauté. Sobrement baptisé
Matrice d’eau, cet ésotérique opus signé
Sarah (alias Shayna) et Jean-Paul Trutet, musiciens éclairés et talentueux multi-instrumentistes, nous invitait à la méditation et au voyage intérieur à travers une œuvre acoustique intimiste,
raffinée et délicatement euphorisante. Façonnées à partir de sonorités traditionnelles et de ce mystérieux "chant harmonique" en partie emprunté à de lointaines cultures asiatiques, les
compositions de Crista Galli s’imposent dans un style à la croisée de la musique sacrée et des musiques du monde, bien au-delà d’un banal courant "new-age" auquel on pourrait trop facilement les
affilier. Et ce n’est pas la parution de l’étonnant et délicieux
Hayaku qui viendra contredire mes propos !
Le nouvel essai de Crista Galli se démarque assez nettement de son prédécesseur et s’en va déjà à l’exploration d’horizons musicaux inédits, enrichissant au passage sa palette émotionnelle et
sonore. L’œuvre, impeccablement produite, bénéficie en effet d’une panoplie d’instruments classiques et ethniques encore plus variée, pour une rencontre originale avec l’art vocal (chant gaëlique
et japonais), les ambiances naturelles "humides" (mer, pluie, grenouilles) et… le silence. Car si
Hayaku se révèle bien plus dense que
Matrice d’eau, on y retrouve cependant ici
et là quelques passages instrumentaux d’une grande sérénité, tel que le bien nommé
Floraison, simple et sublime dialogue de low whistle qui, au passage, détourne le style de jeu souvent
virtuose de la célèbre flûte irlandaise. Porté par l’inspiration sans faille de ses deux géniteurs et avec l’aide de quelques invités (Daniel Perret à la harpe et au koto, Daniel et Maude Trutet
au violoncelle et aux parties vocales additionnelles), l’album emmène l’auditeur dans une sorte de grand périple imaginaire entre l’occident celtique médiéval et l’extrême orient asiatique.
Celui-ci débute face à l’océan, avec les quelques notes de piano en apesanteur du magnifique et introductif
Armor mirror, baignées dans les vagues et la réverbe. Puis le son
cristallin de la harpe et le chant aérien de Shayna prennent ensemble le relais avec
Procession, évoquant une aube naissante qui laisse entrevoir d’autres merveilles à venir ! L’onirique
Hayaku, qui tiendra ses belles promesses jusqu’à ses dernières notes, se voit parsemé de compositions basées sur le piano et les voix, entrecoupées de pièces musicales tantôt
minimalistes (
Floraison, Messager de la pluie), tantôt mystiques et incantatoires (
Ambre et violet). Les musiques rituelles (
Pakawa shaman) font également leur
apparition dans les mondes chimériques de Crista Galli, à grand renfort de polyrythmies de guimbardes, de gongs, de didgeridoo et autres percussions chamaniques. Mais l’influence la plus évidente
dans laquelle baigne globalement
Hayaku se trouve sans nul doute du côté du Pays du Soleil levant, de sa culture et de ses légendes ancestrales. Le parfum qui se dégage de titres tels
que
Berceuse Suayo ou
Hayaku n’est d’ailleurs pas sans évoquer les univers fantastiques et la poésie enfantine des films d’animation du génialissime Hayao Miyazaki (L
e
voyage de Chihiro, Princesse Mononoké, Mon voisin Totoro), dont Shayna serait une grande admiratrice avouée.
En conclusion, s’il serait injuste d’affirmer qu’
Hayaku transcende le fameux et introspectif
Matrice d’eau, il est clair cependant qu’il élargit considérablement les horizons
musicaux et créatifs de Crista Galli, dont on attend avec d’autant plus d’impatience les futures excursions vers d’autres rivages lointains.
Hayaku est une nouvelle illustration pleine
de caractère comme quoi le métissage musical n’a décidemment aucune frontière, ainsi qu’une nouvelle pépite de choix du catalogue féérique de chez Prikosnovénie !
Philippe Vallin
Chronique réalisée pour le magazine
Ethnotempos
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