Mardi 1 avril 2008
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13:54
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Par Eric Bureau
Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), le 19 mars.
Grand Corps Malade anime des ateliers d'écriture et de slam qui réunissent des jeunes et des moins jeunes.
C’est son jardin secret, l’un des derniers lieux où on ne lui demande pas d’autographes, où sa longue silhouette et ses 600 000 albums vendus ne suscitent ni curiosité ni déférence. Pour les
personnes âgées de la résidence Ambroise-Croizat, Grand Corps Malade est resté Fabien. Depuis 3 ans, chaque semaine ou presque, le slameur de Saint-Denis vient bénévolement dans cette maison de
retraite, à deux pas de chez lui, transmettre sa passion pour les mots dans un atelier d’écriture unique en son genre ouvert aux pensionnaires et aux jeunes de l’extérieur. Ce mercredi là, il a
réussi à s’échapper un après-midi de l’intense campagne promo précédent la sortie, hier, de son très attendu deuxième album, "Enfant de la ville". Cet atelier lui "tient à cœur" et cette séance
est spéciale. Ses "élèves" se lancent dans l’enregistrement d’un disque et testent leurs textes a cappella avec des musiciens professionnels. Il ne faudra retenir qu’une petite dizaine de duos
pour un enregistrement prévu avant l’été.
Fiers de leurs progrès
Dans le réfectoire l’attend le pionnier de l’atelier, Bacem, alias Scor-P, qui rêve à 20 ans de percer dans le slam. "C’est Fabien qui m’a donné envie. On a passé quatre mois en tête à tête,
avant tout cet engouement", se souvient-il. Depuis, il a fallu ajouter des tables pour accueillir une vingtaine d’autres poètes amateurs. Entre embrassades et éclats de rire, on se croirait à une
réunion de famille dont la benjamine serait Maëva, 11 ans, et la doyenne Eliane, 84 printemps. Animateur sobre mais attentif, Fabien conseille, encourage, applaudit les performances. On le sent
dans son élément, cette banlieue aux milles visages et sans esbrouffe qu’il vante dans "Je viens de là", sur son nouveau disque. Impressionné par "La fête foraine" écrite à quatre mains par
Sophia – "un Grand Corps Malade au féminin" - et Eliane. Emu et amusé par "Abuse pas mémé", duo-duel entre Rudy et Denise : lui travailleur handicapé de 26 ans à qui le slam à redonné confiance,
elle, ancienne opticienne qui "n’était pas littéraire pour un sous", et qui, à 82 ans, se réveille la nuit pour écrire des textes.
Denise et Rudy cherchent ensemble l'inspiration
Fabien en pleine animation d'atelier slam à Croizat
Tous avouent que cet atelier a changé leur vie. Nicole, une jeune retraitée de l’Education nationale qui fait un slam avec loubaki, un ancien rappeur de 27 ans, assure qu’elle n’enseignerait plus
comme avant. "Il y a dans cet atelier deux jeunes qui ont de grosses difficultés au collège et qui écrivent ici des textes remarquables. Si leurs profs et leurs parents voyaient ce dont ils sont
capables…" Fabien les couve du regard, fier de leurs progrès. La plupart se produisent désormais sur des scènes slam. "Faute de temps, j’ai dû abandonner des ateliers, dont un à la maison des
ados de l’hôpital de Bobigny qui me tenait à cœur, regrette-il. Mais Saint-Denis, je ne suis pas près de le lâcher."
Eric Bureau
Le Parisien - Edition nationale du mardi 1er avril 2008
Photos sur cette page : Philippe Vallin et Eric Bureau
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