www.philippevallin.com Projets culturels & chroniques musicales
Auzef : slam - Mario Micaletti : guitare acoustique - Philippe Vallin : harmonica - François Biscaye : basse - Eric Habib : batterie - Boris Lelong : clavier
De gauche à droite : Boris Lelong, Dennis Astorga, Philippe Vallin et Joon
Claudio.
Ouverture de la soirée "Kundiman" à la galerie Talmart
Au beau milieu d’une production musicale incroyablement dense et diversifiée, dont l’accès se voit facilité et démocratisé surtout grâce à Internet, les
explorateurs mélomaniaques que nous sommes brassent sans cesse de nouvelles créations musicales. Parfois, on se sent même un peu perdus au sein de cette formidable profusion d’artistes, groupes,
labels, genres et sous-genres, avec quelques difficultés à "assimiler" toutes nos découvertes, voir à faire preuve d’un peu de discernement. Et puis surprise, au détour d’une écoute, blasé dans
notre quête sans fin, on finit par tomber sur l’arlésienne, le truc original, le son qui fait mouche dans l’oreille, bref, le coup de cœur immédiat. C’est ce qui m’est arrivé récemment en
insérant le premier album de Cirrus dans ma platine (eh oui, certains écoutent encore des CD de nos jours !), jeune formation française inclassable à l’univers teinté d’influences folk, rock et
traditionnelles. Cette rencontre avec la musique de Cirrus me replonge dans cette époque pas si lointaine où je pénétrais avec émerveillement dans les mondes imaginaires de Nosfell et son premier
opus inégalé, ou du troisième essai de Sigur Ros, le définitif ( ) et son titre pour le moins énigmatique. Le disque de Cirrus, de la même manière, me séduit instantanément. Mama please
pose d’emblée les fondations d’un style solide qui, malgré des influences évidentes et avouées, possède ses propres codes et dévoile des couleurs sonores inédites, aux parfums de mystère.
C’est grâce à l’implication passionnée de Stéphane Grondin dans la promotion des
musiques de la Réunion qu’une nouvelle génération d’amateurs a pu découvrir (ou redécouvrir) Gramou Sello, icône incontournable du maloya traditionnel. Disparu de la scène après plus d’une
vingtaine d’années de prestations musicales aux quatre coins de l’île, Gramoun Sello, de son vrai nom Michel Sophie, reprend du service en 2006 sous l’impulsion de l’activiste culturel Stéphane
Grondin, qui produit alors sur son nouveau label Maloyallstars l’excellent et bien nommé Légende du Maloya. Après les disparitions successives des ténors du genre que furent Lo
Rwa Kaf, Gramoun Lélé et autre Gramoun Baba, Gramoun Sello demeure l'un des derniers grands représentants du maloya réunionnais. Son retour à l’affiche et sur les routes tombe ainsi à point nommé
pour que la culture maloya reste pérenne dans sa vivacité et que son héritage puisse être "passé" aux jeunes générations.
Michel Sophie, alias Gramoun Sello, est l'un des plus grands noms du maloya,
rythme traditionnel de l'Ile de La Réunion. Ce musicien créole y est né le 18 avril 1949 dans la ville de Saint-Louis. Tout petit, il fréquente peu l'école et, très tôt, travaille dur dans les
champs de canne. C'est dès cette époque qu'il découvrira le maloya, lorsque celui-ci se déchaîne les soirs de "Kabar". Cette fête spécifique à La Réunion, ou la "fête des esclaves", battait son
plein autour des plantations avant l'abolition de l’esclavage en 1848. Incluant la musique, la danse et le chant collectif, la tradition du Kabar a perduré, toujours fréquenté aujourd'hui par une
population majoritairement créole. Véritable spectacle envoûtant et participatif, il attire aussi cependant bon nombre de touristes et autre vacanciers de passage en quête de dépaysement. La
joyeuse musique qu’on y pratique, essentiellement du maloya donc (plus rarement du sega de l’Océan Indien), met à l’honneur les percussions. Les rythmes à trois temps endiablés du maloya, appuyés
par un chant généralement puissant, invitent à la danse, pour certains jusqu'à la transe. Gramoun Sello en est l'un des plus illustres représentants, véritable légende du genre, aux côtés de
Firmin Viry, Gramoun Lélé (malheureusement disparu en novembre 2004), Lo Rwa Kaf, et, bien sûr, l’incontournable Danyel Waro (qui vient tout juste de publier l’excellent Gryn’sel).
Dizan Maloya est une compilation qui marque les dix années d’existence du groupe réunionnais Melanz Nasyon. Melanz Nasyon, c’est une aventure qui
débute au tout début de l’année 1995, lorsque les très jeunes Thomas Médor et Stéphane Grondin assistent pour la toute première fois à un concert de Granmoun Lélé, figure emblématique du maloya.
Ce style musical est un héritage de l’esclavage qui sévissait à La Réunion, alors que l’île s’appelait encore Bourbon. La musique, le chant et la danse représentaient les seuls moyens
d’expression de ces esclaves, qui déclamaient ainsi, au travers de longues complaintes orales et rythmiques, leurs malheurs et leurs tourments, leurs rêves et leurs espoirs. On pourrait en effet
comparer le maloya au blues américain, style musical à travers lequel les esclaves accablés extériorisaient leurs sentiments profonds, manifestaient leur mal du pays, se révoltaient aussi d’une
certaine façon contre les mauvais traitements infligés par leurs maîtres. Le terme maloya viendrait d’ailleurs du malgache "maloy aho", ce qui signifie à peu près "dire ce qu’on a sur le
cœur".
SLAMELODIE/SCENE OUVERTE
DIMANCHE 10 MAI 2009 à 15h
Saint-Denis, Place du 8 mai 1945
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