Jeudi 25 décembre 2008
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Par Fred Natuzzi et Philippe Vallin
Marillion - Happiness is the road (Racket records 2008)
Un peu plus d’un an après le
sous-estimé mais pourtant excellent Somewhere else, Marillion revient comme promis avec un opus double et une nouvelle stratégie de diffusion. En effet, si d’un côté le groupe remet le
couvert en faisant appel aux souscriptions de ses fans pour produire son album et leur en proposer une édition limité luxueuse, de l’autre, ils l’offrent intégralement et gratuitement, bien en
amont de la date de sortie officielle, sur une plate-forme de téléchargement MP3. Stratégie payante ou commercialement suicidaire ? Ce sera à nos amis anglais d’en tirer leur propre bilan d’ici
quelques temps, quand l’aventure Happiness is the road aura fait son chemin. Contrairement au monolithique Marbles qui déployait son concept ("la fuite du monde par le refuge dans les
souvenirs d’enfance") sur deux galettes relativement homogènes musicalement parlant, Happiness is The Road se divise en deux parties quant à elles bien distinctes dans le fond et la
forme. Essence se décline comme la suite conceptuelle de l’album (la quête existentialiste du bonheur"), tandis que The hard shoulder en constitue la face plus "rock", plus
directe et spontanée. En bref, Happiness is the road est un disque ambitieux, mais qui mettra un certains temps à livrer toutes ses saveurs et subtilités, y compris pour l’amateur
éclairé et impatient de Marillion. Aussi, vue l’option retenue pour cette nouvelle livraison, il est difficile d’aborder les deux "albums" comme faisant partie d’un tout.
Les onze titres d’Essence se dévoilent donc dans un ensemble compact, avec des titres qui s’enchaînent les uns aux autres. A la première écoute, la surprise ne se fait point sentir, et le frisson que trop rarement. On a l’impression de découvrir une œuvre sans relief, sans moments de bravoure ni idées fortes, d’où un sentiment immédiat de relative déception. En fait, on devine un peu comment s'est créé l'album, avec des extraits de jam sessions collectives mis bout à bout. Si quelques titres paraissent d’emblée bien écrits, les autres respirent davantage le bricolage et l’approximatif, avec une production qui met en avant les nappes de claviers (Mark Kelly est en effet omniprésent) et leurs vertus édulcorantes. Pour couronner le tout, Steve Hogarth fait preuve de davantage de retenue dans son chant, moins intense et bouleversant qu’à son habitude. Aussi, Steve Rothery semble avoir rangé ses fameux solos de guitares pour ne conserver que de rares phrasés légers et autres effets discrets éparses ici et là. Quelques sentiments émergent pourtant de cette déconcertante platitude, tels que la mélancolie, la contemplation où la quiétude, mais rien de bien passionnel ni passionnant. On ne retrouve ni l'émotion à fleur de peau d’un Marbles (avec lequel ce nouvel album souffre de la comparaison, format double CD oblige) ni le désespoir et le désenchantement, magnifiques, de Somewhere else. Pourtant le grain et la couleur musicale restent très raffinés dans l’ensemble, et cette nouvelle cuvée s’avère sans aucun doute plus ambitieuse qu'un Anoraknophobia qui, en son temps, avait déjà remonté la barre qualitative après les faiblesses pop des deux opus précédents. Fort heureusement, ce n’est qu’au bout de plusieurs écoutes attentives que l’on commence à saisir les nuances et "l’essence" de ce Happiness is the road part 1. Ainsi, on se laisse accrocher par les mélodies de This train is my life et Wrapped up in time, voir littéralement emporter et euphoriser par les envolées de Woke up, sans oublier le titre éponyme Happiness is the road, le Neverland de l’album, qui renoue enfin avec le style puissant et lyrique propre au Marillion qu’on aime.
The hard shoulder, le deuxième volume, s’avère être de facture plus classique et plus immédiatement accrocheuse. Il s'agit d'une collection de titres plaisants dans l’ensemble, à la durée variable, qui brillent de la même qualité de production qu’Essence, avec ce son très clair, ample et profond. Thunder fly, savant dosage entre rythmes rock accrocheurs et moments planants, ouvre les festivités, avec un petit je-ne-sais-quoi du Pink Floyd de l’ère Barrett, mais chanté à la manière Robert Plant par un Steve Hogarth regonflé à bloc. Dans la foulée, on retrouve avec Man from the planet Marzipan les changements de thèmes et d’ambiances qui font la force et l’originalité des compos du Marillion inspiré. Quelques ballades et autres titres alambiqués plus tard, on retrouve l’inévitable "hit single" de l’album, qui fait mouche là où un You’re gone donnait jadis dans le pétard mouillé. Puis s’ensuivra un très beau final sans faute de goût, avec l’enchaînement du très mélodique Especially true (qui s’achève dans un déluge de guitares façon Cathedral wall) et du puissant Real tears for sale, à n’en point douter un futur classique du groupe sur scène.
En conclusion, ce nouvel album bicéphale, faute de cohérence, ne se hissera pas au niveau d’un Brave ou d’un Marbles. Mais il n’en demeure pas moins une œuvre avec laquelle il faudra compter dans la discographie en dents de scie de Marillion. Avec Happiness is the road, le groupe poursuit son chemin à travers une nouvelle ère créative de sa singulière carrière, ère amorcée avec Marbles. En résulte une totale indépendance en matière créative, ce qui engendre le meilleur, mais aussi le pire. Après la phase "prog" (de Season’s end à This strange engine), la phase "pop" (de Radiation à Anoraknophobia), Marillion aurait-il inventé le "Post-prog" ? La suite au prochain épisode…
Un peu plus d’un an après le
sous-estimé mais pourtant excellent Somewhere else, Marillion revient comme promis avec un opus double et une nouvelle stratégie de diffusion. En effet, si d’un côté le groupe remet le
couvert en faisant appel aux souscriptions de ses fans pour produire son album et leur en proposer une édition limité luxueuse, de l’autre, ils l’offrent intégralement et gratuitement, bien en
amont de la date de sortie officielle, sur une plate-forme de téléchargement MP3. Stratégie payante ou commercialement suicidaire ? Ce sera à nos amis anglais d’en tirer leur propre bilan d’ici
quelques temps, quand l’aventure Happiness is the road aura fait son chemin. Contrairement au monolithique Marbles qui déployait son concept ("la fuite du monde par le refuge dans les
souvenirs d’enfance") sur deux galettes relativement homogènes musicalement parlant, Happiness is The Road se divise en deux parties quant à elles bien distinctes dans le fond et la
forme. Essence se décline comme la suite conceptuelle de l’album (la quête existentialiste du bonheur"), tandis que The hard shoulder en constitue la face plus "rock", plus
directe et spontanée. En bref, Happiness is the road est un disque ambitieux, mais qui mettra un certains temps à livrer toutes ses saveurs et subtilités, y compris pour l’amateur
éclairé et impatient de Marillion. Aussi, vue l’option retenue pour cette nouvelle livraison, il est difficile d’aborder les deux "albums" comme faisant partie d’un tout.Les onze titres d’Essence se dévoilent donc dans un ensemble compact, avec des titres qui s’enchaînent les uns aux autres. A la première écoute, la surprise ne se fait point sentir, et le frisson que trop rarement. On a l’impression de découvrir une œuvre sans relief, sans moments de bravoure ni idées fortes, d’où un sentiment immédiat de relative déception. En fait, on devine un peu comment s'est créé l'album, avec des extraits de jam sessions collectives mis bout à bout. Si quelques titres paraissent d’emblée bien écrits, les autres respirent davantage le bricolage et l’approximatif, avec une production qui met en avant les nappes de claviers (Mark Kelly est en effet omniprésent) et leurs vertus édulcorantes. Pour couronner le tout, Steve Hogarth fait preuve de davantage de retenue dans son chant, moins intense et bouleversant qu’à son habitude. Aussi, Steve Rothery semble avoir rangé ses fameux solos de guitares pour ne conserver que de rares phrasés légers et autres effets discrets éparses ici et là. Quelques sentiments émergent pourtant de cette déconcertante platitude, tels que la mélancolie, la contemplation où la quiétude, mais rien de bien passionnel ni passionnant. On ne retrouve ni l'émotion à fleur de peau d’un Marbles (avec lequel ce nouvel album souffre de la comparaison, format double CD oblige) ni le désespoir et le désenchantement, magnifiques, de Somewhere else. Pourtant le grain et la couleur musicale restent très raffinés dans l’ensemble, et cette nouvelle cuvée s’avère sans aucun doute plus ambitieuse qu'un Anoraknophobia qui, en son temps, avait déjà remonté la barre qualitative après les faiblesses pop des deux opus précédents. Fort heureusement, ce n’est qu’au bout de plusieurs écoutes attentives que l’on commence à saisir les nuances et "l’essence" de ce Happiness is the road part 1. Ainsi, on se laisse accrocher par les mélodies de This train is my life et Wrapped up in time, voir littéralement emporter et euphoriser par les envolées de Woke up, sans oublier le titre éponyme Happiness is the road, le Neverland de l’album, qui renoue enfin avec le style puissant et lyrique propre au Marillion qu’on aime.
The hard shoulder, le deuxième volume, s’avère être de facture plus classique et plus immédiatement accrocheuse. Il s'agit d'une collection de titres plaisants dans l’ensemble, à la durée variable, qui brillent de la même qualité de production qu’Essence, avec ce son très clair, ample et profond. Thunder fly, savant dosage entre rythmes rock accrocheurs et moments planants, ouvre les festivités, avec un petit je-ne-sais-quoi du Pink Floyd de l’ère Barrett, mais chanté à la manière Robert Plant par un Steve Hogarth regonflé à bloc. Dans la foulée, on retrouve avec Man from the planet Marzipan les changements de thèmes et d’ambiances qui font la force et l’originalité des compos du Marillion inspiré. Quelques ballades et autres titres alambiqués plus tard, on retrouve l’inévitable "hit single" de l’album, qui fait mouche là où un You’re gone donnait jadis dans le pétard mouillé. Puis s’ensuivra un très beau final sans faute de goût, avec l’enchaînement du très mélodique Especially true (qui s’achève dans un déluge de guitares façon Cathedral wall) et du puissant Real tears for sale, à n’en point douter un futur classique du groupe sur scène.
En conclusion, ce nouvel album bicéphale, faute de cohérence, ne se hissera pas au niveau d’un Brave ou d’un Marbles. Mais il n’en demeure pas moins une œuvre avec laquelle il faudra compter dans la discographie en dents de scie de Marillion. Avec Happiness is the road, le groupe poursuit son chemin à travers une nouvelle ère créative de sa singulière carrière, ère amorcée avec Marbles. En résulte une totale indépendance en matière créative, ce qui engendre le meilleur, mais aussi le pire. Après la phase "prog" (de Season’s end à This strange engine), la phase "pop" (de Radiation à Anoraknophobia), Marillion aurait-il inventé le "Post-prog" ? La suite au prochain épisode…
Fred Natuzzi et Philippe Vallin
Site web : www.marillion.com
Fairy World IV représente le dernier voyage en date en terres
féériques de Prikosovénie, label indépendant qui, depuis sa création en 1991, n’a cessé d’enrichir son catalogue en musiques alternatives, cinématiques, métissées et contemplatives. Pilotée par
un petit groupe de passionnés basés en Loire-Atlantique, l’association n’est pas seulement active dans la promotion et l’édition discographique, mais développe par ailleurs toute une panoplie
d’activités culturelles, avec en point d’orgue la fameuse Nuit des Fées. Organisée chaque année depuis 2007 dans la très jolie ville historique de Clisson, cette jeune manifestation déjà
renommée et fréquentée par de nombreux amateurs propose concerts, ateliers, marché féérique et animations diverses, à travers lesquels le travail des artistes du label est tout particulièrement
mis en valeur. Et puisqu’on parle des fées, rappelons que dans la collection Prikosnovénie, ce sont les voix de la gente féminine qui sont les mieux représentées, et ce n’est pas l’avènement de
cette nouvelle et bien fournie compilation qui me contredira.
Au début des années 90, un groupe américain a déboulé sur la scène progressive,
soufflant un vent d'originalité et de technicité sans pareil : Spock's Beard. Mené par un certain Neal Morse, la formation a révolutionné le rock progressif en proposant une synthèse ébouriffante
de cette musique : maîtrise technique, suites épiques de 20 minutes, soli à tomber, compos ambitieuses. Et ce qu'elle a apporté de plus ? Le fun ! En effet, Neal et sa bande n'avaient qu'un mot
d'ordre, et tout particulièrement sur scène : s'amuser. Et ce autant dans la musique, en s'échangeant les instruments, en ajoutant des sons rigolos ici et là, ou en se moquant d'eux-mêmes à la
moindre fausseté, que dans les paroles, en faisant du grand n'importe quoi ou en multipliant les images absurdes. Quelques albums plus tard et le groupe se trouve porté en géant incontournable du
genre progressif. Neal Morse devient alors un génie acclamé de tous, multi-instrumentiste surdoué et compositeur prolifique aux mélodies imprenables, écrivant absolument tout. L'escapade
Transatlantic, avec Mike Portnoy de Dream Theater (qui jouera sur l’ensemble de ses albums solos), Pete Trewavas de Marillion et Roine Stolt des Flower Kings, parachève l'avènement du nouveau roi
du prog. Et ce n'était pas sans compter Dieu dans l'affaire !
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