www.philippevallin.com Projets culturels & chroniques musicales
Des agents communaux de Saint-Denis devant le Sénat le 5 octobre 2010 pour dire NON au projet de loi Woerth !
Pour faire face au projet de loi sur la réforme des retraites que cherche à nous imposer le gouvernement Sarkozy, des agents communaux de la ville de Saint-Denis (syndiqués ou non syndiqués) animés par les mêmes valeurs fraternelles et citoyennes se sont mobilisés en créant ensemble le mouvement "Saint-Denis en lutte".
Depuis la fin du mois de septembre 2010, nous multiplions les actions au nom de l'intersyndicale FO, SUD, et CGT Plaine Commune à laquelle nous sommes associés pour contrer la réforme en cours sur l'épineux dossier des retraites.
Le site "Saint-Denis en lutte" : un outil informatif et contributif
- Afin de faire connaître au plus grand nombre notre mouvement et en inciter d'autres à venir discuter (et pourquoi pas nous rejoindre !),
- afin d'informer nos collègues agents territoriaux sur leurs droits, ainsi que sur l'organisation de la grève et des manifestations à Saint-Denis et sur Paris,
- afin de donner quelques eclaircissements sur les débats en cours et dénoncer la campagne de désinformation gouvernementale relayée par les grands médias,
- et enfin, afin de rendre visible les nombreuses initiatives menées au plan local et national, nous avons créé un site web :
http://saintdenis.enlutte.org/
Ce site d'informations évolutif est à la fois un lieu ressource et participatif, alors n'hésitez pas à faire part au webmaster de vos propres remarques, réflexions, documents et autres éléments à faire partager !
Un riche programme de rencontres et d’animations au fil des jours
Lundi 14 Juin : « Musiques au Conservatoire »

Cette rencontre, préparée avec les professeurs du conservatoire municipal, a consisté en une séance d’échanges musicaux interculturels à la fois studieuse et ludique, où chacun a
pu présenter, instrument à l’appui, sa propre pratique musicale. De nombreux élèves étaient présents, ainsi que quelques retraités, dont certain fréquentent l’établissement. Cette rencontre a
suscité une grande curiosité de part et d’autre.
Mardi 15 Juin : Découverte de Saint-Denis
Accompagnées par les animateurs, le groupe Lemhadong est parti à la découverte du centre ville de Saint-Denis, avec déambulation dans le marché cosmopolite, visite de la Basilique et la
Mairie (à l’initiative d’un agent des relations publiques). Aux Philippines, des problèmes administratifs ont entraîné un contretemps dans la délivrance des passeports, et le groupe n’a
pas pu atterrir en France le 10 juin comme prévu initialement. Ce retard a eu pour conséquence l’annulation de la réception officielle prévue avec les élus de la municipalité dès le lendemain de
son arrivée. Cette visite « non officielle » de l’hôtel de ville en début de séjour est donc très bien tombée !
Pot d'accueil à la résidence Croizat
Avec les résidents, l’équipe de Croizat, et celle des aides à domicile du secteur, nous avons organisé une petite réception de bienvenue à l’attention du groupe Lemhadong. Des
chansons préparées ou lancées spontanément en solitaire ont été offertes pas les résidents de l’expression vocale. En retour, les artistes Tboli ont proposé quelques petits aperçus de leur long
savoir-faire musical ! Pour l’occasion, ont été dégustées des spécialités culinaires des Antilles, d’Haiti ou du Cap-Vert, généreusement préparées par l’équipe des aides à domicile mobilisée
sur le projet.
Soirée jammin’ à la Ligne 13
Cette soirée musicale ouverte à tous publics a été préparée à l’invitation des professionnels du service des pratiques artistiques et culturelle de la jeunesse, qui ont mobilisé en amont quelques
artistes dionysiens. Musiciens, chanteurs, rappeurs, slameurs et danseurs de « coupé-décalé » sont ainsi venus faire découvrir la variété des cultures urbaines aux
femmes de Lemhadong, qui au fil de la soirée leur ont offert la répartie sur scène.
Mercredi 16 Juin : Rencontre à l'antenne Jeunesse Peri-Langevin
Un moment d’échange culturel et intergénérationnel particulièrement festif, organisé avec l’équipe de l’antenne jeunesse Péri-Langevin. Dans une ambiance familiale au pied de la
cité : goûter, défilé en costumes traditionnels (Mali, Kabylie, etc.), danse orientale avec l’association L’Œil arabesk, mais aussi musique et danse improvisées avec Lemhadong et les femmes
berbères, accompagnées de leur bendir ! Un petit groupe de retraités du quartier Sémard est venu participer à la fête et partager le repas du soir, accompagnés par leurs aides à domicile et
les agents de convivialité.
Jeudi 17 Juin : « Ecologie, musique et danse »

Rencontre du groupe Lemhadong avec une classe de CM2 de l’école Saint-Just à la Plaine (qui contribue à l’éco-parlement des enfants), préparée avec l’animatrice du Pôle
Environnement de la ville. Au programme de la journée : des échanges sur le thème de la déforestation, des modes de vie, du monde spirituel Tboli (les fées, esprits gardiens des
plantes, des animaux…), et étonnant dialogue musical à partir d’instrument fabriqués en classe avec des matériaux naturels, chansons et danses collectives à l’appui. Dans ce cadre, la ville fait
appel aux services pédagogiques de Joon Claudio, luthier et musicien Philippin bien connu des retraités dionysiens pour avoir contribué à divers projets qui les ont associés
(accompagnement culturel à Montrem en Périgord avec Altamira, spectacle « Diwata » à l’initiative de Croizat, « Rencontres Musique et Chanson » dans les résidences, scènes
ouvertes intergénérationnelles au café culturel..).
Joon est intervenu à plusieurs reprises dans la classe pour préparer cette rencontre des enfants avec Lemhadong et les personnes âgées. Une relation très forte s’est nouée avec son petit groupe
d’artistes qui ont révélés à travers cette expérience quelques talents insoupçonnés (les instituteurs du groupe scolaire souhaitent d’ailleurs pérenniser à l’année ce travail qui a donné de beaux
résultats en si peu de temps !). Initialement prévue dans le parc de la Légion d’honneur autour d’un pique-nique, cette rencontre a été transposée à la résidence Croizat suite au mauvais temps,
ce qui aura eu l’avantage de permettre à plus de retraités de pouvoir participer.
Visite des Serres Municipales
Les plantes jouent un rôle important dans la culture Tboli, où le lien avec la nature reste prépondérant. C’est donc avec grand intérêt que les femmes de Lemhadong ont exploré
les serres municipales, guidées par les jardiniers. Elles ont profité de cette opportunité pour rechercher des végétaux qui leur permettraient de confectionner des instruments de musique
« éphémères » utilisés pour le spectacle au TGP (elles trouveront d’ailleurs leur bonheur avec une tige compatible avec la paille de riz !). L’équipe des serres auront largement
contribué au spectacle, en fournissant également de nombreuses plantes et compositions florales utilisées pour enrichir le décors sur la scène.
Vendredi 18 Juin : Fête des résidences à Dionysia
Les artistes de Lemhadong sont intervenues dans le cadre convivial de la Fête des Résidences, en partageant la scène l’après-midi avec les retraités, entre le groupe théâtral de
la résidence "Ma Maison "et la chorale Dionysia. En soirée, les femmes Tboli ont découvert une manière inédite de faire la fête, et elles se sont prêtées avec amusement au jeu des danses de
salon, rondes et autres joyeux comportements exotiques ! Quelques jours plus tard, Lemhadong revenait déjeuner à la résidence Dionysia, avec le groupe des « Mamies créatives » qui
leur ont offert des colliers de leur fabrication.
Lundi 21 Juin : « Berceuses du monde » à la résidence Croizat
Un moment d’échanges musicaux et culinaires, organisé à avec la Direction de la Santé et les éducatrices des PMI Franc Moisin, Sémard, Connoy et Barbusse. Mamans, enfants en bas
âges, résidents et professionnels ont partagé avec Lemhadong un répertoire de berceuses (il en existe dans toutes les langues et dans toutes les cultures), suivi d’un repas qui
aura mis chacun des participants à contribution.
« Pinoy Jam » à Paris - Fête de la musique Franco-Philippines
A l’occasion de la fête de la Musique 2010, le groupe Lemhadong s’est retrouvé invité au désormais traditionnel « Pinoy Jam », grand rassemblement franco-philippin entre concert
et scène ouverte, organisé chaque année devant la Galerie Talmart, à deux pas de Beaubourg. Lemhadong participera à l’affiche de la soirée, ainsi que les quelques chanteurs et musiciens
dionysiens également de la partie. Cette sortie, accompagnée avec le précieux concours de quelques retraités bénévoles, aura été l’occasion pour les femmes Tboli de faire connaissance avec le
métro, les escalators et les tapis roulants du métro, véritables attractions à part entière de cette chaleureuse soirée festive !
Mardi 22 Juin : Buffet musical dans les jardins de la résidence Croizat
Une grande soirée barbecue et scène ouverte organisée dans les jardins de Croizat, et préparée avec les résidents l’après-midi autour de la confection de gâteaux
« moyenâgeux ». Cet événement a rassemblé autour de Lemhadong personnes âgées, collégiennes de Jean Lurçat, groupe de femmes de la Plaine (association Jeunes Espoir de Paix) et autres
participants venus parfois de la lointaine banlieue (On se souviendra de la chanteuse ukrainienne venu offrir des chansons traditionnelles de son pays d’origine !)
Mercredi 23 Juin : Journée avec le Centre de Loisirs Jean-Vilar
Les femmes de Lemhadong ont passé une journée entière avec les enfants du centre de loisirs élémentaire Jean-Vilar, avec une matinée consacrée à des activités manuelles
(perlage), et un partage de danses et d'expression musicale dans le préau de l'école. Deux enfants que le groupe avait déjà rencontrés quelques jours plus tôt au conservatoire, ont insisté pour
amener leur instrument (flûte traversière et violoncelle), fiers d'avoir une occasion de montrer leur savoir faire aux copains du centre. Puis départ à midi pour un grand pique-nique en forêt,
moment convivial qui s'est enchainé par un bel après-midi de jeux collectifs, d'aventures en tous genres et de contes Tboli ! Cette journée en commun a permis à Lily, agent de convivialité auprès
des personnes âgées du centre ville, de faire connaissance avec la dynamique équipe du centre et leurs groupes d'enfants. Un bon point de départ pour de futurs échanges et activités
intergénérationnelles à mettre en place à l'échelle du quartier.
Repas solidaire à la Résidence Basilique
Concert “ Stabat Mater ” à la Basilique (Festival de Saint-Denis)
En fin de journée déjà bien chargée, le groupe Lemhadong était attendu à la résidence Basilique par l'équipe, les résidents, et un groupe de bénévoles de l'association Femmes
Solidaires. Apéritif dans le patio, repas préparé par l'association et quelques résidents, et sortie commune à la Basilique de Saint-Denis pour assister à la répétition générale du «
Stabat Mater » de Poulenc. Moment ludique et intéressant donc pour nos musiciennes philippines, qui allaient présenter leur propre création aux dionysiens quelques jours plus tard dans la grande
salle du Théâtre Gérard Philipe.
Dimanche 27 Juin : Sortie Découverte de Paris
Dans le cadre du programme trimestriel d'animations des retraités, nous avons organisé une croisière sur la seine en Bateau-mouche, suivie d'une ballade dans le Quartier Latin avec
Lemhadong. Le concept de cette sortie étant de faire découvrir les symboles de la capitale par les retraités eux-mêmes, qui se sont prêtés au jeu avec joie. Un petit groupe de personnes âgées de
l'animation de quartier Sémard a également participé à cette escapade parisienne, contribuant ainsi à la convivialité et à la bonne ambiance de cette sortie mémorable pour tout le monde.
Lundi 28 Juin : Atelier créatif à Croizat
A cette occasion, résidents et groupe Lemhadong ont pu exposer leurs créations respectives et échanger autours de leurs savoir-faire manuels : tissage, broderie, perlage, etc.
L'organisation de cette animation correspondait également à une demande des retraités et des équipes de pouvoir acheter de l'artisanat Tboli, avant tout en souvenir des liens tissés au cours de
cette rencontre humaine inoubliable.
Mercredi 30 Juin : « Despedida ! »
Beaucoup d'émotion de part et d'autres à l'occasion de cette grande fête de départ organisée dans les jardins de Croizat, réunissant autour de Lemhadong les résidents, les équipes de
professionnels et les partenaires impliqués dans l'aventure. Pendant le déroulement du barbecue, se sont échangés les derniers cadeaux, sans oublier les jolis témoignages et retours de
chacun sur cette formidable expérience et les relations d'amitiés qui en sont nées.
Le spectacle de Lemhadong au TGP : une grande fête dionysienne
Après avoir exploré la ville durant deux semaines et découvert une culture très éloignée de la leur, les musiciennes de Lemhadong nous ont emmené en retour à la découverte de leur monde. Avec
l’aide d’altamira pour la conception artistique, elles nous ont immergé dans un spectacle féerique fait de musiques et de danses, au son des luths, des gongs, des flûtes et autres instruments
traditionnels. Deux narratrices dionysiennes (Eliane et Agathe : une retraitée et une adolescente) les ont accompagnées sur scène afin de leur prêter leur
voix française. Tout comme nos amies des philippines, ce fut pour elles une expérience totalement inédite, et pour laquelle elles assureront avec brio. Au final, il en résultera un spectacle
vibrant et magique pour tous, avec un public conquis, impliqué et complice.
Autour de ce concert gratuit organisé avec la direction de la culture, nous avons mis en place des moyens pour que les professionnels liés au projet puissent accompagner leur public (mise à
disposition de deux cars et d’un minibus) ou les encourager à venir. Le bouche à oreille aura bien fonctionné, notamment avec les enfants qui auront souvent réussi à mobiliser leur familles et
leur voisinage ! Au total, pas loin de 300 dionysiens (et un public en général peu habitué à ce type d’offre culturelle) auront participé au grand bouquet final avec les
femmes de Lemhadong.
La conclusion de toute cette aventure
Malgré le défi que représentait cette toute cette aventure, les difficultés rencontrées au départ (retard du groupe), le rythme intense d’activité prévu et la multitude de partenaires impliqués,
le programme élaboré et prévu en amont du séjour de Lemhadong a pu être assuré dans son intégralité. Toutes ces rencontres ont été conçues dans une optique de brassage social et de
dynamique inter-partenariale : la résidence artistique des femmes de Lemhadong à Saint-Denis a offert un cadre sans pareil pour réunir des habitants de diverses origines et
générations, ainsi que des professionnels des services municipaux autour d’une expérience commune. Bénéfique sur le long terme, le projet Lemhadong a en ce sens ouvert des portes à d’autres
types de coopérations possibles avec des partenaires rencontrés pour l’occasion.
Très transversal dans se conception, ce projet a en effet permis de faire travailler et interagir ensemble des services dont les missions sont souvent très distinctes de par leurs spécificités.
Cette démarche permet aussi aux professionnels de « sortir » du cadre de leur métier et de réinvestir pour certains des missions d’utilité sociale. Les retours de chaque acteur impliqué
vont très souvent dans ce sens : ce projet a apporté une réelle plu-value au travail du quotidien. Au final, ces temps de réflexions partagées, ce travail de proximité engagé sur le terrain
et l’investissement de tous ont donc prouvé leur efficacité, avec à clef le montage d’une opération dont la réussite dépasse même nos espérances.
Du point de vu des femmes de Lemhadong, toute cette expérience aura été pour elles quelque chose d'unique et d'inoubliable. Ces personnes issues d'une culture si lointaine et au mode de vie si
différent se sont senties chaleureusement accueillies et surtout considérées par l’ensemble des habitants qu’elles auront rencontrés au fil de leur périple. Par
ailleurs, elles portent un regard intéressant sur la population dionysienne, impressionnées par notre diversité pluriethnique et notre admirable facilité à vivre ensemble !
Le site web du projet :
http://www.altamiramonde.net/lemhadong
Retour à la 1ère partie :
Photos : Lucie Edouard, Boris Lelong, Alexis Lelong, Laurence Thimothé, Philippe Vallin
Vidéo : Boris Lelong
Retour sur les sources du projet Lemhadong
Du samedi 12 juin au jeudi 1er juillet 2010, Saint-Denis a accueilli sur son territoire le groupe Lemhadong, un collectif de huit femmes musiciennes et artisanes en provenance de Lake Sebu, commune rurale située au cœur des montagnes forestières du sud de l’île de Mindanao aux Philippines. Fruit d’un travail de coopération culturelle mené sur le long terme avec l’association dionysienne Altamira, ces artistes indigènes (les Tboli) dépositaire d’une culture en voie de disparition, ont réalisé avec le CD « Femmes artistes du lac Sebu », une œuvre singulière conçue comme un portrait sonore de leur communauté, associant musiques, chants, sonorités de l’environnement naturel et de la vie quotidienne au village.
Acclamé par de nombreux spécialistes des musiques du monde et distingué par l’Académie Charles Cros, le disque et sa notoriété auront permis de pouvoir imaginer le montage d’une tournée exceptionnelle des femmes de Lemhadong en France. Mais ce projet n’aurait pas pu se réaliser sans la volonté et le concours de la République des Philippines (NCCA - National Commission for Culture and the Arts), qui a rendu cette aventure possible grâce à la prise charge financière du voyage de Lemhadong, programmé au musée du Quai Branly ainsi qu’au Festival « Les Orientales » en Maine-et-Loire.
La ville de Saint-Denis s’est saisie de cette belle opportunité pour développer durant trois semaines un vaste programme d’animation socioculturelle avec Lemhadong, associant de nombreux services municipaux ainsi que des habitants de toutes générations dans différents quartiers. L’initiative a été montée et co-pilotée par les animateurs du CCAS et Altamira, partenaire de longue date de la Direction retraités autour de projets culturels innovants qui mettent directement à contribution les ressources des personnes âgées : « La Mémoire en Chantant », « Générations slam », les échanges artistiques en cours avec les villageois d’Isorana à Madagascar, etc. L’accueil de Lemhadong s’inscrit d’ailleurs dans la continuité de ces réalisations et de la réflexion autour de ce métier en développement.
Durant leur séjour à Saint-Denis, les musiciennes de Lemhadong ont été accueillies et hébergées par le foyer de retraités Ambroise Croizat, impliquant au fil des jours les résidents et les équipes de professionnels à travers multiples rencontres et activités intergénérationnelles : animations festives dans les quartiers, sorties, visites, ateliers d’échanges de savoir-faire musicaux ou artisanaux, scènes ouvertes, repas contributifs, etc. Cette résidence artistique inédite s’est conclue par un spectacle des femmes du lac Sebu dans la grande salle du Théâtre Gérard Philipe, soirée réunissant tous les protagonistes de cette rencontre improbable et de ces échanges interculturels inédits.
Le travail préparatoire en amont : un projet coopératif
Bien avant la venue du groupe à Saint-Denis, ce projet très transversal a nécessité un travail préparatoire important, et il a permis d’activer durant six mois une forte mobilisation de nombreux professionnels au sein de plusieurs directions et services municipaux. Au niveau du CCAS/Service animation et vie sociale, Philippe Vallin est l’instigateur du projet Lemhadong avec Boris Lelong d’Altamira. Il en a assuré la coordination avec l’ensemble des partenaires, tout en s’impliquant dans l’organisation et l’animation des différentes initiatives et rencontres mises sur pieds. Il a été secondé dans ce rôle par Laurence Thimothé (en photo ci-dessus avec Neyet), animatrice référente du territoire où est implantée Croizat), responsable entre autres de toute la logistique liée à accueil et à l’accompagnement au quotidien. La réalisation de ce projet a également été suivie de près par Geoffrey Bertazzolo, étudiant en 1ère année IUT carrières sociales et stagiaire au service animation retraités durant tout le mois de juin 2010. Cette riche expérience professionnelle lui aura permis de découvrir de nombreux aspects du métier d’animateur socioculturel ainsi que des perspectives intéressantes dans ce domaine, en le confrontant à divers publics et situations sur le terrain, et en lui offrant de participer à une aventure humaine à la fois singulière et tombée à point nommé.
La démarche : avec Altamira, nous avons proposé à différents partenaires, à commencer par la résidence Ambroise Croizat, de participer à ce projet dans le cadre de leurs activités. L’accueil en a été très positif, et chacun des professionnels sollicités (pour la plupart des responsables d’équipement ou des acteurs en lien avec l’animation ou le milieu éducatif), a répondu avec intérêt et enthousiasme, entrevoyant dans chaque cas des actions concrètes à mettre en œuvre avec son public et dans son propre champ de compétences.
Dans un second temps, six séances de découverte et de sensibilisation ont été organisées à l’attention des habitants et partenaires. Ces présentations interactives du projet en forme d’immersion dans le monde culturel Tboli ont ainsi relayé récits, projections de photos et vidéos, écoute d’extraits musicaux, et apporté des réponses aux nombreux questionnements posés. Ces animations à part entière ont permis aux dionysiens et aux professionnels d’anticiper la venue des musiciennes ainsi que la préparation de leurs multiples contributions du mois de juin.
Les partenaires du projet à Saint-Denis : Le CCAS/Direction Retraités et Personnes Âgées (service animation et vie sociale, Maintien à domicile, Résidences Croizat, Basilique et Dionysia), la Direction de la Jeunesse (Antenne Péri Langevin, Service des pratiques artistiques et culturelles), la Direction de la Culture (Théâtre Gérard Philippe, Conservatoire Municipal), la Direction de l’Enfance (Centre de loisirs élémentaire Jean Vilar), le Plan Environnement Collectivités, la Direction de la Santé (PMI Franc Moisin, Barbusse, Connoy et Sémard), les Serres intercommunales, l'Hôpital Delafontaine, le tissu associatif local (Femmes Solidaires, Jeunes Espoir de Paix, l’Œil Arabesk, Collectif le Peuple de la Gare, le Journal de Saint-Denis, etc).
Accueil, Hébergement et vie quotidienne à la résidence Croizat
A la résidence Croizat, six réunions pluri-professionnelles de préparation ont été programmées entre décembre 2009 et mai 2010, réunissant animateurs, équipe de la résidence, aides à domicile du secteur, résidents du comité d’animation et intervenants divers. Ce collectif s’est penché principalement sur toutes les questions liées à l’accueil, l’hébergement, les aménagements, l’alimentation, l’organisation de la restauration, sans oublier l’animation au quotidien. L’idée au départ était de pouvoir mettre en place toutes les conditions matérielles pour que nos invitées soient à l’aise et qu’elles puissent retrouver sur place un minimum de repères : les bases alimentaires (riz, légumes, etc), un dortoir collectif, une appropriation facilitée des lieux, etc. La logistique de la préparation des repas a été le point le plut délicat à organiser. Cette tâche primordiale été assurée avec le précieux concours des aides à domicile et des agents de résidence, avec un renfort des animateurs lors des retours tardifs en soirée et les week-ends. La participation de tous a considérablement enrichi les interactions avec le groupe, dans une ambiance on ne peut plus conviviale.
Cette longue phase préparatoire à Croizat a été particulièrement prise au sérieux par les résidents mobilisés, qui ont amené de nombreuses idées pour faire de cette rencontre privilégiée un moment riche d’échanges en tous genres, autour de savoir-faire culinaires, manuels, chanson, musique, ou tout simplement fraternels et amicaux. La barrière de la langue n’a pas empêché la communication, et des liens très forts se sont rapidement tissés entre nos invitées, les résidents et les professionnels (en témoigne cet élan de solidarité qui s’est exprimé, à travers les nombreux dons de vêtements dès l’arrivée du groupe à Saint-Denis, qui affichait des températures très en dessous des normes saisonnières au lac Sebu !).
Chaque moment de vie a été conçu comme un temps d’animation à part entière, et l’enjeu a été de favoriser au maximum les interactions avec les résidents et les événements de la
vie courante dans l’établissement (ex : le groupe a participé à la traditionnelles célébration les anniversaires, à une rencontre avec la chorale du collège Jean Lurçat, à un atelier dessin
improvisé au pied levé par une agent de résidence, etc.).
Quelques femmes de Lemhadong ont passé l’essentiel de leur temps libre dans la salle polyvalente mise à leur disposition, à pratiquer leurs instruments à toute heure ou à confectionner de l’artisanat à base de perles et tissus. Des résidentes sont très souvent venues se greffer spontanément à ces activités. On peut à ce titre souligner une interaction fort intéressante, avec la fabrication du « Kulintang » , un instrument de musique volumineux requis pour le spectacle final au TGP, mais intransportable pour ce voyage. Celui-ci aura été confectionné au final avec du bois fourni par les éducateurs du CAT voisin, et avec le concours d’une résidente qui a tressé les cordes nécessaires à l’ouvrage ! Cette petite anecdote illustre à merveille ce qui est au cœur de ce projet, à savoir vivre une expérience culturelle hors du commun jour après jour. Enfin, les week-ends ont été la plupart du temps dédiés à la préparation de ce spectacle. Quelques résidents sont venus ponctuellement assister à ce travail en coulisses, qui a aussi contribué à l’animation de la résidence les samedis et dimanches.
La suite à lire dans l'article :
"Les femmes de Lemhadong en résidence à Saint-Denis : le bilan (2ème partie)"
Le site web du projet :
http://www.altamiramonde.net/lemhadong
Daniel Perret & Crista Galli - Les esprits de la Nature (Prikosnovénie 2010)
Au vu de leur pratique
respective et de leur intérêt commun pour les musiques méditatives et thérapeutiques, il n'est pas étonnant de retrouver Daniel Perret et Crista Galli, talentueux artistes du label féérique
Prikosnovénie, réunis autour d'un même projet créatif. Le premier est rappelons-le un musicien poly-instrumentiste accompli, qui s'exprime principalement aux sons de la harpe et de la flûte
irlandaise. Il a déjà co-réalisé pour ce même catalogue l'excellent Poussière d'étoile, une œuvre musicale entièrement acoustique d'une grande sérénité, teintée de délicates influences
indiennes et celtiques. Crista Galli est quant à lui un duo mixte de chant harmonique qui s'est fait remarqué en publiant deux opus de qualité et surtout très différents l'un de l'autre :
l'introspectif Matrice d'eau et le cinématique Hayaku, sorte d'hommage aux mondes imaginaires du célèbre créateur de dessins animés japonais Hayao Miyazaki.
Les esprits de la Nature est sans conteste à ce jour l'œuvre la plus zen et minimaliste produite par chacun de ses trois géniteurs. Comme son nom l'indique de manière on ne peu plus
explicite, sa thématique tourne autour de ces petits êtres invisibles que sont les fées, elfes, lutins, devas et autres diwatas, esprits gardiens du monde naturel et par la même sacré avec
lequel l'homme moderne a depuis bien longtemps coupé les liens. Concept oblige, les douze plages musicales sont parsemées d’ambiances de forêts et de rivières, ou chaque sonorité aquatique,
chaque chant d'oiseau ou bourdonnement d'insecte devient un instrument à part entière, intégrant ainsi un paysage musical riche de sensations et invitant à la rêverie.
Point ou peu de mélodie durant une heure de lecture, le voyage est ici avant tout textural et profondément immersif. Les trois musiciens ont toutefois limité au maximum l'utilisation de sonorités
électroniques atmosphériques, ici plus discrètes et efficaces que jamais. Par dessus des nappes vocales de Sarah (quelle voix angélique !) et de Jean-Paul Trutet (qui bien souvent se combinent
magnifiquement l'une à l'autre), scintillent des notes de harpe au tempérament aléatoire mais toujours emplies d'harmonie. Parfois, ce sont les gongs et les carillons qui viennent prendre le
relais (L'apparent et le non visible, Retour à l'unité) pour apporter d'autres couleurs et émotions à l'ensemble. On pense souvent aux travaux du génial compositeur italien Alio Die et
ses fameux tapis de sonorités "ambient" réalisés à partir d'instruments traditionnels, comme quoi cet album n'a vraiment de new-age que l'emballage. Dans ce bain musical souvent proche du silence
et propice à la paix intérieure, quelques petites envolées de flûte viennent de temps à autre nous éveiller de notre douce torpeur, peut-être pour nous rappeler que les lutins des bois, tout
gentils et bienveillants soient-ils, sont aussi parfois de sacrés farceurs !
Derrière un message écologique peut-être trop explicite, se cache une œuvre musicale d'une grande richesse et finesse qu'il serait du coup trop facile de sous-estimer. A travers Les esprits
de la Nature, le but de nôtre trio instrumental éphémère est clairement avoué : émouvoir l'auditeur par la force évocatrice de la musique afin qu'il tente, ne serait-ce qu'un instant, de se
reconnecter à l'essentiel. Cet album est une ode simple et délicate à la beauté du monde vivant et à son fragile équilibre, un monde qui demeurera en péril si chacun de nous ne redevient pas le
poète et le contemplatif qui sommeille en lui.
Philippe Vallin
Chronique réalisée pour le magazine Ethnotempos
http://www.rythmes-croises.org/ethnotempos/
CD disponible chez
AU COEUR de leur tournée exceptionnelle en France orchestrée par Altamira, les musiciennes Tboli (Philippines) du collectif Lemhadong ont séjourné à Saint-Denis en juin 2010 durant trois semaines, chaleureusement accueillies par l'équipe et les résidents du foyer de retraités Ambroise Croizat. Avec Boris Lelong, mes collègues du service animation et vie sociale du CCAS et de nombreux partenaires locaux, nous avons monté et accompagné ensemble un riche programme d'échanges culturels au quotidien entre nos invitées du bout du monde et les habitants de la ville, toutes origines et toutes générations confondues. Cette expérience réussie bien au delà de nos espérances s'est conclue par un spectacle féérique des femmes du lac Sebu au Théâtre Gérard Philipe (en réponse à leur incroyable accueil chez les dionysiens !), où étaient invités tous les protagonistes de cette belle aventure humaine. Le service audiovisuel de la ville a consacré au projet un petit reportage publié en ligne, à découvrir ci-dessous.

TALENTS. Face cachée est le nom du recueil de poésie "slam" publié par une quinzaine d'agents et d'habitants de Saint-Denis qui expriment leurs doutes, leur vision de la ville, de l'amour, du devenir de la planète, du deuil et de la vie qui résiste...

Pour Mario Micaletti, agent du service Formation, cet ouvrage est avant tout "une aventure collective". Il se plaît à souligner qu'aucun texte n'est signé. Les slams, écrits par des auteurs de 18 à 72 ans, hommes et femmes, prennent l'allure de poèmes. Ils sont regroupés par thèmes aux noms évocateurs : "Harpolitik", "La tendresse", "L'air de vivre", "Le miroir", "1987", "Le voyage de Gaïa"...
"Je rêvais depuis longtemps de publier un recueil", admet Mario, 35 ans, qui écrit depuis son adolescence. Ce désir est devenu réalité grâce à la collaboration de Philippe Vallin, cadre au sein de la Direction des Retraités, qui a mis en place des activités intergénérationnelles avec le célèbre slameur dionysien, Grand Corps Malade. "Grâce à cette dynamique et celle impulsée par le Café culturel, nous avons démarré un travail collectif nourri de rencontres, de scènes ouvertes et de concerts, avec une centaine de spectateurs par soirée" explique Mario.
Les textes et les photos montages réalisés par Karell Pemba, de la Cyberbase, produits au cours d'une période de deux ans, ont fait l'objet de deux ouvrages réunis édités à 200 exemplaires. Une subvention versée par la ville a permis de financer une bonne partie de l'impression, la somme restante étant versée par l'association Slamélodie.
Pour Mario, cette expérience est à la fois un ballon d'oxygène et une opportunité rare de s'exprimer pour des agents travaillant parfois dans des domaines très éloignés de l'écriture. Il cite par exemple le noyau dur de la Direction Informatique, composé de Sylvain Bellego, Alexis Lelong et Bruno Lagrée, fortement investis dans cette démarche stimulante : " Le slam offre une forme de liberté, permet d'échanger."
Le Journal de la mairie
La revue des agents de la ville de Saint-Denis
N°52 - Juin 2010
Nicole et Marcelle : Face cachée acte 2 à la Ligne 13
Bruno et Alexis à l'occasion de leur première scène au Café Culturel
Mario et François : Face cachée acte 2 à la Ligne 13
Face cachée acte 1 à la Ligne 13 : les préparatifs du concert
Face cachée acte 2 : Slam et fujara, et pourquoi pas ?
Face cachée acte 2 : une impro de Joon Claudio et Tata Milouda
Chanson philippine avec Dennis astorga, l'un des invités de l'acte 2
Clotûre du projet à la Ligne 13 : le final et les remerciements !
Tu veux connaître l'esprit
Tu veux retrouver l'illogique parfait
Voyons un peu plus loin que ce pays
Cherchons cette île où l'on renaît !
Extrait du Radeau
Photos : Sivo Norn et Philippe Vallin
La grande salle du TGP était comble, le 25 juin, pour accueillir et écouter les femmes artistes venues du lac Sebu, aux Philippines.
Après une rapide présentation émue de Boris Lelong qui, avec son association Altamira, est à l’origine du projet, des chants d’oiseaux, des bruits d’eau s’élèvent, comme un monde qui s’éveille.
De curieux instruments gisent au sol. Elles arrivent, majestueuses, s’assoient et une mélopée a cappella s’élève, seule et lancinante, à la fois claire et chargée d’histoire.
Puis chacune se saisit tour à tour d’instruments (flûtes, luth, gongs...) et c’est comme si parvenaient à nous les racines de la terre, la pluie, la forêt, les animaux qui la peuplent. La
complainte de la cigale précède le chant du grillon, on écoute les sons des travaux des champs, les instruments et les mélodies se succèdent, les chants, les danses, les mimes font tomber le
public sous le charme.
Et quand celui-ci tape des mains pour suivre le rythme, la joueuse de hegelung (voisin du luth) sourit, amusée, un peu émue aussi. Après la danse traditionnelle des chapeaux, en final, une longue
standing ovation salue ce concert en forme de beau voyage.
Benoît Lagarrigue
Le Journal de Saint-Denis (N° 838, Juin 2010)
http://www.lejsd.com/
Projet Lemhadong
Site officiel
http://www.altamiramonde.net/lemhadong
Photos : Miguy Saminadin, Boris Lelong et Philippe Vallin
Depuis le 12 juin et jusqu’au 25, sept femmes et un homme de l’archipel des Philippines, venus des forêts de l’île de Mindano, séjournent en ville à l’invitation de l’association Altamira. Ces musiciens termineront leur séjour par un concert au TGP.
Avant même de les voir, on entend bruisser leurs parures sur leurs habits de couleurs, qu’elles ont elles-mêmes confectionnés. Puis elle apparaissent, timides et simples, et c’est un peu de la
beauté du monde qui nous rejoint. Ces sept femmes (et un homme) viennent de loin. Dans l’île de Mindanao, au sud de l’archipel des Philippines, vit le peuple Tboli, au milieu des forêts qui
entourent le lac Sebu. Ces femmes sont épouses, mères, artisanes et musiciennes.
Elles font partie du collectif Lemhadong (nom du lieu où vivait le héros Tudbulul, fondateur de la culture et de la musique des Tboli), qui a pour objectif de perpétuer les pratiques artistiques
et culturelles de ce peuple dont les traditions sont menacées. Lehmadong reçoit depuis plusieurs années le soutien de l’association Altamira et de Boris Lelong, et a enregistré avec elles un cd,
Femmes artistes du lac Sebu, qui a reçu le coup de cœur de l’académie Charles-Cros en 2008.
"Elles ont un effet magique, fascinant..."
Depuis le samedi 12 juin et jusqu’au vendredi 25, date de leur concert au TGP, elles sont à Saint-Denis. « C’est une belle aventure, pour elles, pour nous, et pour tous les gens qu’elles rencontrent » lance avec un immense sourire Boris Lelong. « Elles ont un effet magique, fascinant… » ajoute-t-il. A ses côtés, Philippe Vallin ressent la même joie, teintée de la fatigue heureuse des organisateurs de ce séjour à nul autre pareil. « Il fallait voir cette rencontre à l’antenne jeunesse Péri-Langevin, avec les femmes kabyles du quartier. C’était un beau moment de partage, autour d’un couscous, avec des jeunes, des retraités… »
A Croizat, elles ont été accueillies avec chaleur
Logées à la résidence Croizat, elles y ont été accueillies avec chaleur par les résidents, qui n’ont pas hésité à les aider à tresser des cordes pour confectionner certains instruments intransportables. « Elles ont été étonnées et heureuses de trouver aux serres municipales l’équivalent des roseaux qu’elles utilisent chez elles pour fabriquer leurs flûtes. Et c’est au centre technique municipal qu’elles ont trouvé le bois dont elles avaient besoin » indique Boris Lelong. Car ce séjour est avant tout fait de rencontres : au marché, avec des musiciens, chanteurs et danseurs dionysiens à la salle Ligne 13 mardi 16 juin, à la fête des résidence de Dionysia vendredi 18, à Croizat hier… En attendant le concert du 25, à 20 h 30 au TGP, où elles lanceront leurs mélopées lancinantes, auxquelles se mêlent sons de tous les jours, cris d’animaux, bruits de la forêt, de l’eau qui coule…
Benoît Lagarrigue
Edition du 23 au 29 juin 2010
Rencontre avec des musiciens venus de loin
« Avec la musique, nous essayons de maintenir nos traditions »
Le JSD. Où et dans quelles conditions vivez-vous ?
Myrna (la seule à parler anglais). Notre peuple, les Tboli, compte environ 80 000 habitants disséminés dans de nombreux villages. Nous vivons dans la montagne, dans une région de
trois lacs au milieu de la forêt, au village de Dekolon, près du lac Sebu. Nous cultivons le sol pour nous nourrir. Mais aujourd’hui, notre territoire a été volé et en partie déboisé. Alors, nous
vivons de petits travaux d’artisanat, de broderie.
Le JSD. La place des femmes semble importante chez vous…
Myrna. La destruction de nos forêts a fait que les hommes n’ont plus de travail. Les femmes ont donc, à travers leurs activités artisanales, un rôle très important pour que notre
société perdure. Nous faisons aussi en sorte que nos enfants puissent aller à l’école.
Le JSD. La musique tient une place très importante dans votre vie…
Myrna. C’est par elle que nous essayons de maintenir nos traditions. Nos voix et nos instruments nous permettent d’exister et de nous faire entendre de notre gouvernement. Et
nous voulons remercier Boris pour nous avoir permis d’enregistrer un disque et de nous faire connaître dans le monde. Quant à nos instruments, ils sont sacrés. Les esprits de la forêt en sont les
gardiens. Notre musique n’est pas écrite, elle est jouée par transmission de la mémoire et des rêves.
Le JSD. Qui sont ces esprits ? Des morts ? Des dieux ?
Myrna. Ce sont nos dieux. Par exemple, le hegelong, une sorte de luth, a pour esprit gardien Fun Koyu, qui est l’esprit du bois. Un autre aura Fun Afos, celui du bambou. Tous nos
esprits sont reliés à la nature. Et la musique est pour nous une façon de communiquer avec la nature. Sans musique, les esprits s’en iraient…
Le JSD. Que retiendrez-vous de votre séjour à Saint-Denis ?
Myrna. Nous sommes très heureuses. Chez nous, tout le monde est jaloux ! (rires). C’est un grand moment de ma vie. Ici, tout me surprend : les gens, la nourriture. J’ai découvert
le fromage ! Pour nous, Tboli, c’est une grande fierté d’être là et une belle occasion pour que notre peuple soit mieux considéré. (elle se tourne vers ses amies et traduit leurs réponses)
Mina. C’est la première fois que je pars si loin de chez moi. Je suis époustouflée par ce que je vois. Les gens sont si chaleureux.
Melun (le seul homme, percussionniste). Je suis très heureux. C’est totalement neuf pour moi. Tout le monde est accueillant.
Mingga (la chanteuse du groupe). Avant de partir, j’étais malade, mais je suis si heureuse d'être là…
Luming. Le plus étonnant, c’est la nourriture. Et tous ces légumes que nous avons vu sur le marché ! Les gens viennent nous voir sans qu’ils nous connaissent…
Tunding (la doyenne : elle dit avoir 77 ans, mais son passeport indique 87. Faute d’Etat-civil, on ne sait pas vraiment… Les Tboli calculent leur âge d’après les événements
survenus). Tout ce que j’ai vu ici m’étonne, tout est une surprise…
Fi. Le suis impressionnée par la taille des bâtiments. Et les gens semblent très impressionnés. Tout le monde a l’air de travailler. Et ils savent faire la fête…
Neyet. C’est une grande expérience. Je n’ai jamais rien vu de tel. J’ai l’impression d'être dans un rêve. J’aurais beaucoup de choses à raconter au village.
A la fin de l’entretien, on leur demande si elles pourraient vivre ici. Myrna traduit la question. Un temps. Elles rient. « On ne peut pas répondre à cette question. » Elles rient à nouveau, avec
une jolie fraicheur.
Bong salamat (merci beaucoup), mesdames.
Propos reccueillis par Benoît Lagarrigue
Photo de couverture JSD : Yann Mambert
Autres photos : Linda Malou, Laurence Thimothé, Philippe Vallin
Site web du projet :
http://www.altamiramonde.net/lemhadong/
"Pinoy Jam 2010"
La Fête de la Musique Franco-Philippines à Paris !
Lundi 21 juin de 19h à 23h
Galerie TALMART
Le Pinoy Jam - ou "jam Philippin" - est de retour devant la Galerie Talmart (à deux pas du Centre Georges Pompidou à Beaubourg) pour sa troisième édition annuelle consécutive !
Cet événement festif et intercuturel rassemble divers artistes originaires des Philippines et leurs amis français, pour un partage musical diversifié et haut en couleurs ! Cette année, le thème
du rassemblement sera "Musique au Féminin", et les organisateurs auront le privilège d'accueillir des invitées exceptionnelles en provenance de l'île de Mindanao : les femmes musiciennes
Tboli du collectif Lemhadong. Ces artistes du bout du monde actuellement en résidence à Saint-Denis offriront au public une démonstration de leurs multiples talents à 19h, en ouverture
de la soirée (plus d'information : http://www.altamiramonde.net/lemhadong)
Participeront au Pinoy Jam 2010 : les femmes artistes Tboli de Lemhadong, Boris Lelong, Philippe Vallin, Mario Micaletti, Nicole Baudet, Joon
Claudio, Jonathan Badon, Leila Florentino, Dennis Astorga, An Tôn Thàt, Mimi Agbay-Duhamel, Cory de Jesus, Bunny Liwanag, Jenifer Musngi, Vangie Diaz, Am-am Sespene, Kevin Pabalan, Jim Escuadra,
Maik, Byron Santiago, Ian Romo, Christian Pangilinan, Hajji Acub, Jojo Canda, Fabon and Sébastien et quelques autres...
Galerie TALMART
22 rue du Cloître Saint-Merri
75004 Paris
Métro Chatelêt - Hotêl de Ville
Soirée gratuite - accès libre
Rendez-vous avec Lemhadong
Femmes artistes du lac Sebu [Philippines]
A Saint-Denis (93) sauf mention
Mardi 15 juin à 18h30
Soirée jammin’ à la Ligne 13
Musiciens, chanteurs, danseurs de Saint-Denis feront découvrir leur art aux femmes de Lemhadong. Echanges et improvisations seront au programme de cette soirée festive !
Ligne 13, 12 place de la Résistance / Plan : http://bit.ly/cREAjC
Mercredi 16 juin à partir de 17h
Rencontre à l'antenne Jeunesse Peri-Langevin / Square Péri
Un moment d’échange culturel et intergénérationnel dans une ambiance familiale, avec défilé de costumes traditionnels, musique, danse orientale...
Antenne Jeunesse Péri Langevin, 3 rue Charles Baudelaire / Plan : http://bit.ly/c57GgA
Emmenez votre contribution au goûter (jus de fruit, pâtisserie, etc...)
Vendredi 18 juin à partir de 15h
Broderie, musique et conversation
Venez rencontrer les artistes de Lemhadong dans le cadre convivial de la Fête des Résidences où elles tiendront un atelier d’artisanat : tissage, broderie, perles…
Résidence Dionysia, 2 Rue Eugène Fournière / plan : http://bit.ly/9GST5A
Lundi 21 juin à partir de 19h00 [à Paris]
"Pinoy Jam" : Fête de la musique Franco-Philippine
Scène ouverte à la Galerie Talmart, à deux pas de Beaubourg, avec des artistes philippins, français, dionysiens...
22 rue du Cloître Saint-Merri, Paris 4e / Plan : http://bit.ly/apJ2Gi
Mardi 22 juin à partir de 18h30
Buffet musical dans les jardins de la résidence Croizat
Repas et scène ouverte. Tous styles musicaux bienvenus !
Résidence Croizat, 10 av. Romain Rolland / Plan : http://bit.ly/cX36CV
Emmenez votre contribution au buffet (jus de fruit, salade, gâteau, etc...)
Vendredi 25 juin à 20h30
Création « Femmes Artistes du Lac Sebu »
Au Théâtre Gérard Philipe (Grande Salle Roger Blin)
Après avoir exploré Saint-Denis pendant deux semaines, les musiciennes de Lemhadong nous emmèneront à la découverte de leur univers féérique au son des luths, des gongs, des flûtes... Un
spectacle en forme d’immersion sonore dans un monde où la musique est un trait d’union entre la nature et les hommes.
Théâtre Gérard Philipe, 59 bd Jules Guesde / Plan : http://bit.ly/aVxVul
Samedi 26 juin à 18h [à Paris]
Création « Femmes Artistes du Lac Sebu »
Dans le Théâtre de Verdure
Musée du Quai Branly, 37, Quai Branly, Paris / Plan : http://bit.ly/9OZp01
Site officiel : http://www.altamiramonde.net/lemhadong
Entrée libre à tous les événements.
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