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Ce blog est consacré à mes activités d'animateur socioculturel à la ville de Saint-Denis (93), mais aussi de chroniqueur et de musicien amateur. Au fil de ces pages, vous pourrez suivre l'actualité de divers projets professionnels et autres initiatives que je pilote ou auxquels je suis associé : rencontres et événements culturels, concerts, scènes ouvertes, jumelages artistiques, etc. Quelques chroniques musicales seront également publiées selon les coups de coeur et l'inspiration. En bref, ce site est une petite fenêtre ouverte sur mon réseau de proximité, un espace d'information et de partage d'expériences. A bientôt ! PV.

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Lundi 25 septembre 2006 1 25 /09 /Sep /2006 13:32
- Par Philippe Vallin
Bertrand Loreau - Passé composé (Dreaming 2002)

"Passé composé" est le cinquième album studio du clavieriste français Bertrand Loreau, série inaugurée en 1992 avec "Prière", son premier essai discographique produit et distribué par le label musea. Ce très sympathique opus de musique électronique mélodique reçut en son temps de bons échos dans la presse vouée au genre, la belle époque des fanzines "Oniric" et "Rubycon", malheureusement disparus aujourd’hui. Car ce disciple avoué de la Berlin school (et de ses deux grands initiateurs que sont Klaus Schulze et Tangerine Dream) ne s’est jamais contenté de reproduire des photocopies d’œuvres de ses maîtres, mais bien au contraire, de diversifier et d’enrichir son propos musical à la croisée de nombreux genres. Riche d’influences rock, jazz et classique, la musique de Bertrand Loreau se veut à la fois simple d’accès car très mélodique (ce qui peut ravir l’amateur de Vangelis ou de Mike Oldfield) tout en conservant un caractère improvisé, innovateur, voir expérimental de ci de là. Celle ci s’écoute en effet à toute heure, avec attention (car riche et évocatrice) ou détachement (car suffisamment doucereuse et planante pour se vivre en musique d’ambiance).

A l’instar de Jean-Luc Hervé Berthelot (alias Tales), Bertrand Loreau serait donc une sorte de garant d’une tradition musicale électronique issue des seventies (mais à la française), qui, sans révolutionner le genre, sait produire une musique passionnante et originale en évitant les pièges et écueils des trop nombreuses soupes New-age. Ce nouvel opus tombe à point nommé pour permettre au néophyte de découvrir l’univers musical si personnel, à la fois léger et complexe, de Bertrand Loreau. Car en effet, si "Passé composé " contient 100 % de nouveau matériel, il n’en est pas moins qu’une sorte de compilation d’anciens titres laissés de côté depuis la parution de son 1er album en 1992, réarrangés ici pour l’occasion. Pour ce faire, notre talentueux musicien s’est adjoint les services de son grand ami Olivier Briand (également crédités aux claviers) et du guitariste Lionel Palierne, qui agrémente certaines compositions de solos mélodiques bienvenus. A ce sujet, Bertrand gagnerait vraiment à l’avenir de s’entourer d’autres musiciens pour étoffer ses compositions et les rendre encore plus vivantes et dynamiques, au lieu de se contenter de ses seules boites à rythmes (fort bien utilisées cependant) et des sons d’usine de ses nombreux claviers. Mais ne boudons pas notre plaisir, l’ensemble se veut une nouvelle fois largement digne d’écoute et très réussi. Un disque en forme de bilan donc, qui on l’espère ne restera pas sans suite. Philippe Vallin

(Chronique parue en 2002 dans le magazine Koid'9, Rock & Progressif)


Interview Bertrand LOREAU
Propos recueillis par Philippe Vallin – KOID’9 N°46

Si l’œuvre du claviériste Bertrand Loreau ne s’inscrit pas vraiment dans le sillage de cette fameuse french touch qui rencontre un vif succès auprès des amateurs de la nouvelle scène électronique mondiale, celle-ci n’en demeure pas moins moderne et évolutive. La parution il y a quelques mois de "Passé composé", très bel album en forme de bilan (chroniqué dans le Koid’9 N° 43), est aujourd’hui l’occasion idéale de faire le point avec son géniteur sur l’ensemble de son œuvre et sur son parcours, mais aussi sur une démarche créative très personnelle et un regard, parfois sévère, porté sur les musiques électroniques d’hier et d’aujourd’hui. Voici donc pour vous une interview fleuve de cet artiste discret, sincère et passionné, qui au grès du temps et de l’expérience, à su se forger un style bien à lui, au delà des modes et des tendances. Je laisse donc la parole à Bertrand…


1 - Bertrand, peux tu nous dire quelques mots sur la genèse de "Passé composé", ton nouvel (et cinquième !) album studio ?

    Lorsque je me suis marié avec Luciana, nous avons emménagé dans un petit appartement, dans le centre ville de Nantes. Nous n'avions pas beaucoup de place et j'avais installé un minimum de matériel : l'ordinateur, un clavier, deux ou trois racks. Le déménagement m'avait fait tomber sur une disquette de fichiers midi de morceaux plus anciens que ceux qui se trouvent sur Prière, sorti en 1992. J'ai eu très envie de remixer quelques morceaux. J'ai, ainsi, réenregistré les morceaux qui sont devenus : "A Son is Born" et "A Daughter is Born". Le titre "A Son is Born" a été choisi parce qu'il me  donnait une occasion de faire référence à la naissance de mon premier enfant. Il fait, aussi, référence à une phrase qui est chantée dans le Messie de Haendel, une musique que j'ai beaucoup écoutée, bien avant que je fasse du synthé. Ce titre évoque une œuvre classique et "A Son is Born" a, je crois, une couleur de musique classique.
    Ainsi, après avoir réenregistré quelques morceaux, l'idée d'aller plus loin, de faire un nouveau disque, a germé. Je me suis dit que j'allais exploiter, davantage encore, le répertoire laissé de côté depuis plus de dix années. J'ai, alors, réécouté des bandes DAT des années 89-90-91-92 et j'y ai trouvé pas mal de choses intéressantes.

2- L’intégralité des morceaux présents sur ce disque sont d’anciennes compositions personnelles issues de la décennie 1989/1999. As tu entièrement rejoué et réenregistré l’ensemble de ces titres, ou ces derniers ont-ils juste fait l’objet d’un simple « lifting » de ta part, sous forme de remixage ?

    En fait il y a un peu tous les cas de figure ."Le Clos des Papillons" et "La leçon de musique" sont des enregistrements originaux. On peut le ressentir au niveau du grain du son. D'autres morceaux sont des enregistrements récents, faits à partir de fichiers midi anciens. Dans ces cas-là, j'ai rejoué certaines parties, certaines pistes. Il y aussi des morceaux, comme "Simulacre of Dream" qui ont été faits à partir de bandes Dat, sur lesquels de nouvelles parties de synthés ou de guitares ont été ajoutées, sur des pistes audio. Globalement cela a représenté pas mal de travail. Il faut noter qu'il y a, aussi, deux ou trois morceaux récents dans le disque.  

3 - Quelles ont été les contributions de Lionel Palierne et Olivier Briand, tous deux crédités à la réalisation de "passé composé" ? Peux tu nous parler un peu de ces deux musiciens et de votre collaboration ?

    Ces deux musiciens ont toujours été impliqués dans ce que j'ai produit. Nos amitiés sont si longues, qu'ils ont toujours eu une influence sur ce que j'ai fait. Lionel est la personne avec laquelle j'ai découvert les synthés. Il m'a vendu mon premier système : le MS20 Korg et le sequencer SQ10. Nous avons joué ensemble, enregistré quelques bandes et surtout réalisé des concerts de musique électronique. C'était au début des années 80. A cette époque-là, nous passions pour des originaux avec nos drôles de machines. Lionel jouait des claviers et de la guitare électrique.
On était, déjà, des passionnés. Nous connaissions Klaus Schulze et Tangerine Dream et au-delà de faire connaître notre propre musique, nous voulions faire découvrir les synthétiseurs et l'existence d'une nouvelle forme de musique, au public de la région de Nantes. A ce propos, l'enthousiasme pour la musique techno de la part d'un certain public, me fait tristement sourire. Je suis sûr  que la plupart de ces jeunes n'auraient pas eu d'intérêt pour la même musique électronique, il y a 20 ans, parce qu'ils se contentent de suivre des modes et l'influence des médias. La musique électronique aurait dû, pourtant, avoir un énorme succès, il y a 20 -25 ans, parce qu'à cette époque-là, c'était vraiment quelque chose de neuf, qui apportait une alternative au rock. Mais la vraie nouveauté fait peur. Aujourd'hui les sons électroniques et les sequencers sont partout, dans toutes les musiques, depuis 20 ans, et une certaine jeunesse déclare : "Ecoutez une nouvelle musique, la musique techno, la musique des jeunes, née en 1986 à Détroit !"... C'est difficile à supporter.
    Pour en revenir à Lionel, alors que nous avons toujours été proches, nous n'avions jamais rien enregistré de définitif ensemble. J'aime bien son jeu de guitare et à l'écoute de  certaines bandes, je me suis dit qu'il y avait moyen de le faire participer à mon nouveau disque. Je souhaitais qu'il ajoute des soli, dans l'esprit de ce que nous faisions ensemble, il y a 20 ans.
    J'ai rencontré Olivier au milieu des années 80. Plus jeune que moi, il avait une passion incroyable pour les machines électroniques. Olivier avait compris, plus tôt que moi, l'intérêt des samplers et lorsque je m'y suis mis, il m'a beaucoup apporté au niveau du son. Il possède, avec son père, une collection d'environ 500 instruments du monde entier et il a créé une banque personnelle d'échantillons d'instruments ethniques qui m'a parfois servi. Au début des années 90, Olivier a foncé sur la voie de l'informatique musicale. Au cours de la décennie 90, ses compétences informatiques, en mastering et logiciels audionumériques m'ont été très utiles. C'est grâce à lui que j'ai pu réaliser "Passé Composé", grâce a ses moyens audionumériques. J'ai été content, aussi, de le faire jouer dans "Simulacre of Dream". Il a apporté, a ce morceau, une grosseur de son que je n'arrive pas à produire. Il joue, également , dans KS impression, un solo très réussi.  

4 - Comment définirais-tu ton approche des sons électroniques ? Es-tu du genre à exploiter au maximum ceux dits "d’usines" de tes nombreux claviers, ou es-tu au contraire un insatiable bidouilleur, expérimentateur et créateur de nouveaux univers sonores ?

    Lorsque je me suis mis aux synthés, j'avais 22-23 ans, cela faisait longtemps que j'avais arrêté les cours de piano, qu'on m'avait imposé dans mon enfance. J'avais donc, comme seule  ambition, de jouer avec les sons, de bidouiller. J'avais suivi un cours universitaire d'électronique, et ma passion était principalement d'ordre technique. Les sequencers en particulier me fascinaient. Je passais donc des heures à tourner dans tous les sens les boutons de mon MS20 en essayant de m'approcher des timbres que j'entendais dans les disques de Schulze ou de T.D. Bien sûr, les chambres d'écho et les tables de mixage sont arrivés et m'incitaient à toujours, davantage, triturer les paramètres des machines. J'ai rêvé , longtemps,  d'avoir un Polymoog et lorsque j'en ai eu un, j'ai passé des journées a essayer de produire des sons inouïs. Sur le Polymoog, j'arrivais à produire un son de voix humaines assez extraordinaire pour l'époque (en mixant les différentes sorties, qui avaient la propriété d'interférer et de produire un son différent que le simple mélange des sorties).
    Mes connaissances en électronique ont fait que le DX7 me fascina, immédiatement.
J'ai donné des cours de programmation, sur Nantes, en 1985, sur cet instrument. La programmation des opérateurs ou des enveloppes, sur le DX7, m'a semblé extrêmement logique. Je n'ai jamais compris qu'on puisse trouver complexe cet instrument. La sensation qu'on pouvait atteindre des sonorités vraiment nouvelles, incitait à programmer énormément. J'ai créé des sons très personnels, je crois, sur le DX7.
    Lorsque j'ai enregistré mon premier disque, le sampler avait, déjà, fait une entrée fracassante dans mon studio. Ainsi, dans l'album "Prière", les sons de DX ne se remarquent pas tellement, parce qu'ils sont, assez souvent, au second plan.
    L'arrivée du sampler a calmé, énormément, mes envies de programmation. Progressivement j'ai eu accès à des banques de sons de plus en plus riches et j'ai réalisé qu'il était bien difficile, en samplant soi-même, d'obtenir des sons de la même qualité que ceux que réalisait mon ami Olivier ou que ceux qui circulaient librement.
    Aujourd'hui je bidouille encore, mais seulement au niveau de modifications simples des timbres. Par exemple, je modifie les enveloppes des sons ou je cherche des superpositions intéressantes. Le JP800 qui est un synthé analogique par modélisation me permet, aussi, de retrouver des sensations que j'ai eu sur le Minimoog, le Poly ou le Prophet 5.
   
5 - Depuis tes débuts en tant que musicien, ton studio personnel a dû connaître bon nombre d’évolutions, voire de transformations (époque des claviers analogiques, entrée dans l’ère numérique etc…). Avec quel type de matériel travailles-tu aujourd’hui, et qu’est-ce que le développement des technologies musicales a pu apporter à ta manière de composer et d’enregistrer ?

    Les instruments dont j'ai parlé précédemment caractérisent les évolutions de mon home-studio. Le MS20, le Polymoog, le DX7, le S550 Roland sont les instruments qui m'ont permis d'évoluer. J'ai eu beaucoup d'autres instruments, comme le Prophet 5, le D50, le JV80, le Yamaha MSX ordinateur musical, le SH101 et son sequencer MC202, mais ils ne m'ont pas apporté beaucoup. Il n'y a qu'un instrument que je regrette de ne plus avoir et que j'ai beaucoup aimé ; c'est le Minimoog.
    Depuis longtemps ce qui m'intéresse, c'est la musicalité d'un instrument. Le DX7, pour cela, sera toujours un véritable instrument, parce qu'il est extraordinairement expressif. Le son qu'il produit est vraiment temps réel, ce qui n'est pas le cas d'un lecteur d'échantillon, qui lit un son qui est déjà mort. Le son y est vraiment dynamique parce que la vélocité peut agir sur n'importe quel opérateur qui module chaque fois, en temps réel, le porteur.
La brillance du son varie, d'une manière infiniment plus subtile, que ce que l'on obtient avec un simple filtre VCF. En fait, à ma connaissance, la synthèse FM est la seule technique qui permet d'approcher la finesse d'expression d'un instrument acoustique.
    Aujourd'hui j'ai un matériel qui devient obsolète mais qui me semble encore exploitable. Je peux faire beaucoup de choses avec mon sampler Akai et avec le JP8000 Roland. De temps en temps j'utilise mon TX802 ou le DX7-2, pour les sons qui caractérisent ma musique depuis longtemps : sons de séquences, de harpes, de guitares etc...
    Aujourd'hui la question que je me pose c'est celle du passage au tout informatique. Mon ami Olivier m'y incite beaucoup mais je ne suis pas encore totalement convaincu, même si certains synthés virtuels sont impressionnants. C'est en terme de musicalité et de communion avec les instruments que je m'inquiète. En gagnant sur le plan technique, j'ai peur de perdre beaucoup au niveau émotionnel, et la musique passe d'abord, pour moi, par des émotions.
   
6 - Ta musique est riche d’éléments empruntés au Jazz et au classique. Aurais-tu en perspective d’intégrer un jour divers instruments acoustiques, voire, même, pourquoi pas de travailler avec un véritable orchestre ? Ou le tout électronique correspond il à un choix immuable de ta part ?

    Depuis quelques années, on me dit assez régulièrement, que tel ou tel morceau se prêterait bien à  l'intégration d'un ou de plusieurs instruments acoustiques. Je pense que c'est une idée intéressante, effectivement.
    J'aurais aimé, plusieurs fois, faire jouer un vrai violoniste ou un vrai clarinettiste mais j'ai rencontré des difficultés. Lorsque j'ai affaire à un musicien d'assez haut niveau ,il me dit qu'il faudrait modifier la partition, de telle ou telle manière, pour que cela donne une  partie plus intéressante à jouer, avec davantage de virtuosité, par exemple, et lorsque je rencontre un musicien amateur, il me dit : "Je crains de ne pas être capable de jouer assez juste". C'est vrai , aussi, qu'il y a un vrai risque à travailler avec des musiciens classiques ; j'ai l'honnêteté de reconnaître que cela peut révéler la faiblesse de la composition à certains moments.
    Ce que je retiens, aujourd'hui, c'est que mes musiques sont enregistrées et qu'il sera toujours possible d'éditer des partitions. J'espère, qu'un jour viendra, ou des gens me feront des propositions pour arranger ou interpréter ces musiques.

7 - Quelles ont été les influences majeures de Bertrand Loreau à ses débuts et celles d’aujourd’hui ?

    Je viens d'une famille où la musique classique est très présente. J'ai des frères et sœurs qui jouent du violon, de la clarinette et du piano. J'ai délaissé la musique classique, cependant, pendant de nombreuses années. Je ne sais pas trop pourquoi, mais dès l'âge de 7 ou 8 ans, j'ai été très sensible aux sons électroniques, parce que je comprenais qu'ils n'étaient pas produits par les instruments dont on me parlait à la maison. J'avais l'impression qu'on me cachait quelque chose. Le grand choc de ma vie a été Pink Floyd et le disque Meddle. Je me demandais comment ils faisaient le vent dans "A Pillow of Winds" et les chants d'oiseaux au milieu de "Echoes". J'avais 13 ans, mes copains écoutaient de la variété ou les Beatles, je me sentais déjà différent. L'autre choc s'est produit en 1977 avec le concert de Klaus Schulze. J'ai rêvé, durant des mois, d'avoir un Moog, de produire moi-même, ces sons incroyables : les nappes immenses, les séquences hypnotiques. Klaus Schulze est la seule vraie influence que j'ai eu pendant assez longtemps, sans doute parce que c'était une musique assez facile à imiter, en apparence. J'ai toujours eu de l'admiration pour Vangelis, également, mais, curieusement, je ne l'ai jamais beaucoup écouté. C'est inconsciemment et naturellement que je me suis rapproché, un peu, parfois, de son style.  

8 - Ta musique semble être la garante d’une sorte de tradition musicale électronique issue des années 70. Es-tu d’accord avec cette définition ?

    Je peux dire, simplement, que je considère que les meilleurs disques de musique électronique ont été produits entre 1975 et 1982. Quelques titres : Mirage, Dune, Ricochet, Stratosfear, China, Trans Europe Express, etc... Lorsque j'enregistre des musiques à base de séquences électroniques, c'est cette culture-là qui ressort. Mais je crois que le style, plus mélodique, qui me caractérise, qui n'est plus de la musique électronique, n'a pas beaucoup de références, je crois qu'il y a un style Bertrand Loreau. J'en profite pour dire que les journalistes ne savent trop comment parler de ma musique parce que j'oscille régulièrement entre la musique électronique influencée par les années 70-80 et une musique de sensibilité acoustique. Parfois je mélange les deux. J'espère, toutefois, qu'on retient l'émotion qui m'est propre. Le seule chose que j'ai toujours voulu faire, c'est communiquer des sentiments.
 
9 - Quel regard portes-tu sur les différents courants de la musique électronique contemporaine (culture techno, Ambient, trip-hop etc…) ? Et quels ont été les artistes de cette scène qui t’ont le plus marqué ces dernières années ?

    J'ai la passion de toutes les musiques. Depuis quelques années, je m'intéresse au jazz et aux compositeurs classiques du XXème siècle parce que j'y découvre des musiques vraiment nouvelles pour moi. Récemment j'ai craqué sur le saxophoniste Joshua Redman, cela n'aurait pas été possible il y a quelques années, je n'avais  pas, encore, l'esprit assez ouvert. J'ai toujours envie d'écouter de la musique électronique mais tout ce que j'entends me déçoit. La musique techno, en particulier, est basée sur des boucles, souvent samplées et montées à l'aide de logiciels genre Acid. J'entends le montage et la facilité du travail et surtout le manque de musicalité. J'entends des machines qui tournent en rond, les effets de filtre faciles qui font croire qu'il se passe quelque chose dans la musique lorsqu'il ne s'y passe rien. Muter le son de grosse caisse pour le remettre dix mesures plus loin n'est pas un acte de composition pour moi. J'entends, aussi, souvent, des musiques qui se terminent comme elles ont commencé, c'est le contraire de la composition. Je n'entends pas des artistes, je n'entends pas d'émotions. "Ricochet" de Tangerine Dream reste pour moi le must en terme de séquences mais la plupart des musiciens techno ne connaissent même pas ce disque. Il a été dit : "l'art est l'enfant de l'intelligence et du sentiment". Dans le domaine de la techno, je n'entends aucune de ces deux composantes. Je dois reconnaître, cependant,  qu'on ne m'a pas fait entendre, peut-être, les bons artistes. Dans ce domaine, la forêt cache l'arbre, certainement. Je ne demande, donc, qu'à être aidé.

10- Sur quel type de projet travailles-tu en ce moment ? Un nouvel album serait-il en préparation ?
   
    J'ai trois nouveaux morceaux pour un nouveau disque mais il me faudra beaucoup de temps parce que mes deux enfants sont petits et je veux être un père présent. Je continue dans ma démarche de musique d'influence classique avec des sons de clarinette, de flûte, de hautbois parce que c'est ce qui me semble le plus difficile. J'ai toujours envie d'aller vers ce qui est difficile, pour moi, et ce qui est de plus en plus de la musique, tout simplement. Les effets synthétiques, la musique de climat, les séquences répétitives m'ennuient aujourd'hui. La musique est de plus en plus, pour moi, de l'harmonie, de la mélodie et du rythme. Je suis tenté de dire que tout le reste est de la pseudo philosophie qui ne peut tromper que les gens qui manquent de références musicales.
    J'ai un autre projet qui peut paraître mégalo c'est de réaliser un best-of. Simplement pour faire le plus beau disque possible. Parce que je voudrais avoir un CD a donner aux personnes qui ne me connaissent pas encore. (Il y en a beaucoup !) Ainsi, je veux, aussi, montrer toute la cohérence de mon discours musical.  

11 - Aurons nous un jour l’opportunité de te revoir remonter sur scène ?

    J'ai toujours eu beaucoup de plaisir à monter sur scène. C'est toujours un moment magique. Il y a eu une époque, cependant, où je n'ai plus voulu jouer sur scène parce que je trouvais malhonnête d'utiliser des ordinateurs et d'avoir 90% de la musique préenregistrées.     Aujourd'hui je pense un peu différemment parce que je me sentirais, moins, obligé de faire quelque chose de parfait sur scène. Je saurais me réserver des moments d'improvisations et des moments plus programmés. Ainsi, aujourd'hui, il m'arrive de rêver à l'idée de refaire des concerts. Peut-être, aussi, parce que l'envie de graver la musique sur CD a été assouvie. D'ici deux ou trois ans, si je produis un nouveau disque - parce que mes enfants me laisseront peut-être un peu plus de temps -, on  me reverra peut-être sur quelques planches.

12 - Un grand merci à toi d’avoir pris le temps de répondre à mes quelques questions !

Discographie :

-    « Prière » (1992)
-    « Pays blanc » (1994)
-    « Patchwork Music » (1995 – en collaboration)
-    « Sur le chemin » (1996)
-    « Jericoacoara » (1998)
-    « Passé composé » (2002)

Dimanche 24 septembre 2006 7 24 /09 /Sep /2006 15:07
- Par Philippe Vallin
Porcupine Tree - Lightbulb sun (K-Scope 2000)

Porcupine Tree poursuit tranquillement son bonhomme de chemin en affirmant son style d’album en album, à savoir un parfait compromis musical entre pop-songs sophistiquées de très haute volée et compos plus fouillées, plus ambitieuses. "Lightbulb sun" s’inscrit donc dans la droite continuité de "Stupid dream", son magnifique prédécesseur, tout en étant à la fois plus harmonieux et maitrisé que son devancier, moins surfait et surproduit également. En effet, l'album gagne en assurance et en cohérence ce qu’il perd en spectaculaire (et encore que !), plus simple et plus direct dans sa forme et son contenu. On a l’impression, avec ce nouvel opus, que Porcupine Tree atteint véritablement l’état de grâce, qu'il est au sommet de son art.

Les chansons pop ne représentent en aucuns cas un handicap pour la bonne tenue de l'oeuvre, loin d’atténuer en effet l’impact des titres plus consistants, qui se situent, on l’aura aisément deviné, dans la deuxième moitié du disque. La qualité et le bon goût sont ici constants du début à la fin. Mélodiquement parlant, cet album regorge de petites perles à déguster sans modération. Rien à jeter, hormis peut-être le 1er single "Four chords that made a million", un peu trop basique, au refrain quelques peu simpliste et répétitif, mais assurément efficace quand il est joué en live. Concernant le reste, des titres de la trempe de "Shesmovedon", "The rest will flow", "where we would be" ou "Feel so low" (ce dernier agrémenté d’un magnifique quatuor à cordes), font véritablement mouche en titillant nos papilles émotionnelles. Un album entier de pop-songs de cette qualité n’aurait pas à rougir de lui même chez Porcupine Tree tant l’ensemble est superbe ! Surprise également que ce très court et hyper-intimiste "How is your life today", ballade triste et légère, dominée par le piano et le dulcimer, et dont les chœurs magnifiques nous replongent dans l'ambiance du "Atom heart mother" de Pink Floyd. Un pur moment de bonheur confondant de simplicité, complètement anachronique, mais vraiment délicieux.

L’amateur du Porcupine Tree "progressif" aura deux titres à la hauteur (longueur ?) de ses égigeances à se mettre sous la dent. Tout d’abord avec "Hate song", morceau sublimissime qui démarre façon Jansen/Barbieri (rythmique et chant tout à fait caractéristique, ce titre aurait pu aisément trouver sa place sur "ISM", leur dernier opus), pour finalement monter en puissance et en intensité, avec un chant réellement bouleversant de Steve Wilson soutenu par d’amples et magnifiques nappes de mellotron. Et quant à "Russia on ice", il représente à mon avis, du haut de ses 13 minutes de pur bonheur, la quintessence de l’œuvre du groupe anglais. Quelques notes de piano électrique, et déjà la magie opère. On se croirait presque dans le "Rêve" de Vangelis, issu de son célèbre "Opéra sauvage" ! La suite est quant à elle toute droite sortie d’un "Dark side of the moon" ou d'un quelconque chef-d'oeuvre du même acabit. Rythmique lente et obsédante, guitares planantes, basse profonde et hypnotique, orgue Hammond : on baigne à fond dans l’univers des Floyd, qui, soit dit en passant, n’écriront plus jamais rien d’un tel niveau musical et émotionnel. Le morceau décolle ensuite complètement dans sa seconde partie, qui n’est pas sans rappeler le monolithique "Plague of ghost" de l’ami écossais Fish, avec son groove imposant et ses effets de guitare Wah-wah. Puis le titre se conclue dans un final apocalyptique digne du "King" de Marillion. "Russia on ice", c'est bourré de références, et c'est la baffe !

Pour conclure, voilà bel et bien l’album qu’il fallait à Porcupine Tree pour s’offrir les faveurs d’un plus large public et accéder enfin à une notoriété tant méritée. Reste à savoir si la promo du disque suffira à toucher le public potentiel, ce qui est malheureusement loin d'être gagné. Quand je pense qu'il suffirait de passer "Shesmovedon" en boucle sur la FM afin que Porcupine Tree affiche complet au Zénith ! Philippe Vallin

(Chronique parue dans le magazine Koid'9, Rock & Progressif)

Dimanche 24 septembre 2006 7 24 /09 /Sep /2006 12:37
- Par Philippe Vallin
Porcupine Tree - Stupid dream (Kscope 1999)

Il fallait s'y attendre, le "rêve stupide" de Porcupine Tree nous entraîne vers un monde onirique plus pop que prog. Cette orientation avait déjà été quelque peu amorcée avec l'excellent et éclectique "Signify", dernier album studio en date. Mais Porcupine Tree a-t-il seulement un jour été un groupe "progressif" au sens stylistique ? Personnellement, je ne crois pas. Cette formation hybride n'a jamais revendiqué la moindre étiquette, ni même une quelconque appartenance à un genre précis, et son propos musical s'est toujours envolé vers des horizons différents: le psychédélisme (dès le 1er album), le rock planant ("The sky", proche du meilleur Pink Floyd), la pop ("Signify" et ses titres plus carrés), voir même la new-wave et l'ambient-techno (le glacial et très transe "Up the downstair").

La bande à Steve Wilson poursuit simplement son bonhomme de chemin, se moquant des étiquettes qu’on lui colle un peu partout. Elle fait aujourd'hui une escale dans la pop de qualité avant de redécoller vers on ne sait où. Mais venons en au contenu proprement dit de ce nouveau CD : niveau mélodique, c'est la classe, rien ou presque à ajouter avec des titres comme "piano lessons" (1er single), "pure narcotic" ou "stranger by the minute". C'est bien foutu, très british dans le son et l’ambiance, et enfin calibré radio à 100 %, la qualité en plus. L'amateur de musiques plus aventureuses s'attardera peut être davantage sur les 6 minutes bien déjantées d'un "tinto brass", bourré d'effet sonores en tout genre et sujet à de multiples rebondissements, ou encore sur le magnifique "don't hate me", superbe complainte désespérée sur laquelle le chant de Wilson prend une dimension toute particulière. Ce titre contient également une partie instrumentale centrale digne du meilleur Gong, avec glissando de guitare façon Daevid Allen, accompagné d'un solo de saxophone signé Théo Travis, ici clone de Didier Malherbe. Magnifique trip !

On trouvera également, dans la série des grands moments du disque, deux superbes ballades atmosphériques dont seul Porcupine Tree a le secret ("a smart kid" et "stop swimming"), ainsi qu'un titre d'ouverture fabuleux ("even less"), futur classique du groupe où Steve Wilson riff comme un damné sur des textures planantes signées Richard Barbieri, le maître des claviers atmosphériques.  Pour le fan absolu, il faut savoir qu'une version longue de 20 minutes de ce même titre doit sortir sous peu en CD via internet. Quelques autres morceaux que ne renierait pas un Radiohead valent également le détour ("slave called shiver", "this is no rehearsal"), rien à jeter donc sur cet excellent nouvel album qui veut ratisser large. Mais rassurez vous, si la démarche est la même, "Stupid dream" est mille fois plus réussi que le "Radiation" de Marillion, autre cousin affranchi de l'étiquette "prog", qui voudrait, lui aussi, être reconnu pour ce qu'il est : un authentique groupe de rock évolutif. Philippe Vallin

(Chronique parue en 1999 dans le magazine Koid'9, Rock & Progressif)




Le pressage d'origine étant épuisé, "Stupid dream" est longtemps resté indisponible, ou vendu à des prix prohibitifs sur le net. Heureusement pour les retardataires, l'album vient enfin d'être réédité chez Snapper, totalement relooké, et à un tarif on ne peut plus raisonnable. Cette version "de luxe" contient l'album sur support CD entièrement remastérisé, ainsi qu'un DVD contenant l'oeuvre remixée en 5.1 surround et dts, avis aux fans équipés d'un home-cinéma. Sur cette seconde galette, vous trouverez également une version longue (en audio) du titre "Even less", une vidéo promo de "Piano lessons, ainsi qu'une (dispensable) gallerie de photos. L'objet est donc un must pour tout ceux qui avaient fait l'impasse sur l'édition précédente. Pour les autres, il n'apporte pas grand chose, à moins d'être collectionneur.

Disponible sur www.burningshed.com


Vendredi 22 septembre 2006 5 22 /09 /Sep /2006 12:06
- Par Philippe Vallin
Porcupine Tree - Stars dies (Delirium records 2002)

Comme tout le monde le sait, le futur album de Porcupine Tree sortira très prochainement chez une major (atlantic). Alors, bonne ou mauvaise nouvelle ? Steve Wilson et sa bande, récemment amputée de Chris Maitland, son formidable batteur qui a quitté le navire pour des raisons qui ne regardent que lui, vont-ils vendre leur âme au démon de la seule et unique rentabilité commerciale ?  Pour ma part, je ne pense pas qu’il s’agisse d’une démarche bassement opportuniste du mentor Steve Wilson, et je reste confiant quant à l’intégrité artistique du groupe qui n’a jamais faillie durant ses 12 années d’existence. Cette période d’intense activité aura vu en effet la production d’albums tous plus étonnants, magnifiques, et enthousiasmants les uns que les autres. Je mettrai juste de côté "On the Sunday of life", œuvre de jeunesse à la touchante immaturité, et sorte de démo, de gentil précurseur aux merveilles à venir.

Une ère s’achève donc, et une nouvelle  commence, la plus radieuse possible on l’espère. Il était donc temps pour Porcupine Tree de tirer un bilan de sa première décade d’existence, et plus exactement ici de sa période chez delirium records, s’étalant de l’année 1991 à 1997. Celui ci voit donc le jour sous la forme d’un double CD rétrospective en édition limitée, présenté dans un magnifique coffret cartonné au design classieux digne d’un collector de Pink Floyd, et agrémenté d’un livret d’une trentaine de pages superbement illustrées, retraçant la biographie complète du groupe à partir d’interviews diverses. Le contenu musical de cette double galette nous propose une sélection des meilleurs morceaux des cinq premiers albums studio, ainsi qu’une flopée de titres inédits, de versions single et autres remix de morceaux déjà connus, tels que les monolithiques "Up the downstair" ou "The sound of no one listening". Côté 100 % pure découverte, cette édition inclut en effet de vraies "fausses nouvelles compos" telles que le nerveux "Men of wood" (et sa rythmique binaire chère à la new wave des années 80), l’acoustique et serein  "Phantoms", ou encore "Signify II", moins hargneux et métallique que son modèle d’origine, moins bon aussi, mais tout n’est ici qu’une affaire de goût. Bref, de quoi convaincre le dernier fan réticent, contemplant de manière à la fois interrogative et baveuse la dite pièce culte sur l’étalage de son disquaire préféré !

Toujours aussi perfectionniste comme le veut sa légende, Steve Wilson a supervisé lui même le remixage et la remasterisation de la plupart des titres qui gagnent une réelle profondeur et un nouvel éclat au niveau du son. Certain défauts majeurs ont ainsi pu être éliminés, telle que cette désagréable saturation des basses faisant défaut à la deuxième partie du psychédélique et technoïde "Voyage 34 phase one". Bref, du travail d’orfèvre comme on l’aime chez Porcupine Tree. Avec "Star die", le groupe anglais offre à ses fans et aux autres la compilation ultime, le prototype même du best-of intelligent qui saura pleinement satisfaire aussi bien le néophyte que le collectionneur compulsif ! Avec comme preuve un tel respect pour son public, je ne vois pas en quoi ce dernier pourrait craindre de son groupe préféré une trahison dans les années à venir. Seule la traversée de "l’Atlantic" nous le dira !* Philippe Vallin

(Chronique parue dans le magazine Koid'9, Rock & Progressif)

*Et le verdict fut sans appel : avec "In Absentia" puis "Deadwing" un peu plus tard, Porcupine Tree produira en effet deux albums parmis ses tous meilleurs ! Un autre est en préparation pour début 2007, et les quelques larges extraits entendus lors de la tournée européenne  en cours laissent présager une nouvelle merveille.


Vendredi 22 septembre 2006 5 22 /09 /Sep /2006 11:35
- Par Philippe Vallin
Porcupine Tree - Metanoia (Delirium records 2001)

Voilà un disque d'inedits de Porcupine Tree qu’il serait vraiment dommage de manquer, plus encore que la double compilation "Stars Die : The Delirium Years" parue en mars 2001, et qui, elle aussi, comporte son lot de bonus intéressant. Avec "Metanoia", c’est du 100 % nouveau matériel que le groupe de Steve Wilson nous propose, tout au moins pour ceux qui ont jeté ou vendu leur vieille platine vinyle à la brocante. Car en effet, la musique de cet album au titre tout droit sorti d’un film de SF des années 50, a déjà été éditée en 1998 sous la forme d’un double 33 tours, avec un pressage de 1000 copies seulement. Cette première édition limitée, un collector destiné aux inconditionnels du groupe, vient de renaître à nouveau mais cette fois ci sous la forme d’un CD simple agrémenté de 2 titres bonus.

Mais de quoi s’agit il justement ? Mais enfin c'est quoi cette zique ? Quelques éclaircissements s'imposent : "Metanoia" n’est pas  recueil d’anciennes compositions, mais un album qui regroupe des improvisations entièrement instrumentales, enregistrées en 1995 par les 4 musiciens anglais, et ce au cours des sessions d’enregistrement de "Signify" (que beaucoup d'amateurs considèrent comme étant l’œuvre la plus aboutie de toute leur discographie). Rassurez vous, « Metanoia » n’a strictement rien à voir avec les expérimentations live hermétiques d’un King Crimson telles que celles immortalisées sur l’indigeste « Thrakattak », même si quelques passages sont, je vous l’accorde, plus barrés que d’autres. Là ou le roi cramoisi fait dans le tout cérébral, provoquant le plus souvent chez l’auditeur ennui, allergie ou indifférence, l’arbre du Porc-épic ose le feeling, et ça marche plutôt bien ! On retrouve dans ces jam sessions tout ce qui constitue le style et le charme si particulier de Porcupine Tree : passages planants, rythmes lancinants, basse ronde et hypnotique, ambiances floydiennes, structure des morceaux qui monte en puissance...

Steve Wilson, une fois n’est pas coutume, fait une belle démonstration de l’étendue de son talent, développant tout au long des 65 minutes de l’album une incroyable palette de styles, de jeux et de sons de guitares différents (on pense très fort à Robert Fripp à l’écoute de "Mesmer II"), tantôt rageur, tantôt aléatoire, tantôt éthéré, souvent lumineux. Les musiciens délivrent leur gig avec brio, au top de leur niveau et de leur potentiel créatif. On sent qu’ils se lâchent complètement durant ces sets en prise directe, laissant libre cours à leur imagination débordante, affranchis ici du carcan et des impératifs perfectionnistes liées à l’écriture et à la production d’un nouvel album studio. Et quel feeling ! Cette liberté de jeu confère d’ailleurs à "Metanoia" un petit côté Jazz-rock psychédélique vraiment pas dégueux qui ravira les amateurs du genre. Ceux par contre qui n’apprécient que les versants pop et mélodique du groupe pourront passer leur chemin. Mais est ce que ce profil de fan existe seulement sur cette terre ? De plus, même s’ils sont formellement assez éloignés l’un de l’autre, "Signify" et "Metanoia" sont nés ensemble et ça s'entend. Le second est tout sauf un brouillon du premier. La récréation bienvenue de musicos en plein travail ? Dans ce cas, je leur conseille de continuer à buller de temps à autre en studio ! Philippe Vallin


Mercredi 20 septembre 2006 3 20 /09 /Sep /2006 19:12
- Par Philippe Vallin
Montrem, on t'M

Chaque année, souvent vers la fin de l’été
C’est le retour tant attendu d’un rendez-vous à ne pas manquer
Si à Saint-Denis et ailleurs, pour la plupart, l’heure est à la rentrée
C’est aussi le temps d’un heureux départ, pour nos amis retraités

Septembre 2006, vers une petite commune rurale du sud de la France
Nous partons gaiement, accompagnés de Marianne, Philippe et Laurence
Un voyage sans encombre, en car, en train, puis en car, encore !
En quelques heures à peine, nous sommes arrivés en Périgord

Pas n’importe où, mais dans un petit village que nous tous, on aime
Un petit village merveilleux, bienvenue au centre de vacances de Montrem
Dans ce petit monde chaleureux, l’accueil est doux, simple et généreux
Tout est là pour nous nous combler, nous satisfaire, en bref, nous rendre heureux

Notre bonheur, notre bien être, l’équipe du centre en a fait sa mission
Les animateurs, les cuisinières et tout le personnel, s’investissent  plus que de raison
Fred, Vanessa, Colette, Mélissa et tous les autres, font leur métier avec passion
Ce n’est plus du travail, c’est un acte d’amour,  une véritable dévotion

A Montrem, nous faisons le plein d’énergie, de joie et d’activités
Mais surtout de rencontres, d’émotions, et de convivialité
Ici, ce n’est pas comme au Club Med, nous ne sommes pas là pour « consommer »
Mais pour partager un moment de vie ensemble, qu’on est pas prêt d’oublier

Au pays de Jacquou le Croquant, l’agriculture paysanne est un véritable engagement
Bovins et volailles sont nourris sainement
Ici pas d’engrais nocif
Tout pousse naturellement

Montrem en Périgord est synonyme de bon vivre et de bien manger
Rillettes de canard, confit, foie gras, vous ne pourrez pas y échapper
Pas de cuisine allégée au programme, ici on se fourni chez Payenchet
Mais gare aux kilos en trop, ou au retour, la balance risque d’exploser

Heureusement qu’à Montrem, on peut se dépenser, se surpasser, y compris dans le sport
Et quoi de mieux qu’un concours international de pétanque, pour faire un peu d’efforts
Mais comment ne pas trembler devant la grande Nina, qui à chaque fois bat tous les records
Quel défi en effet, que de se mesurer à cette monstrueuse championne du Liechtenstein nord

Si l’action pure et autres sensations extrêmes vous rebutent, vous pourrez faire d’autres choix
Il vous reste les ballades, la lecture, les jeux de société ou la peinture sur soie
Avec Maïté, vous confectionnerez de bien jolis foulards, en voilà une chouette idée de cadeau
On apprend la technique, c’est facile, c’est sympa, c’est de l’art et en plus, c’est rigolo

Pour te faire le plus grand bien, un conseil, prends rendez-vous avec Marie-Jo
Entre ses mains magiques, finies les angoisses, le stress, les soucis et les p’tits bobos
Que ce soit lors d’un massage, ou d’une séance de relaxation
Elle te recharge les batteries, et tu es reparti pour de bon

Un autre moyen de se ressourcer, c’est aussi de rire un grand coup
La solution est toute trouvée si tu prends ton billet pour le théâtre des Lébérous
Sur scène, c’est le défilé des stars, mais la grande vedette reste notre "cro-mignonne"
Vous l’avez tous reconnue, celle qu’on appelle Margot, la reine de la déconne

A Montrem, on peut s’épanouir à fond dans la créativité
Cherchez bien, ne soyez pas timide, on a tous un talent caché
Denise et ses flûtes, Mathieu à la guitare, Claude et son violon
Tout le monde peut s’exprimer, en poème, en musique, et bien sûr, en chanson

Boris et les musiciens d’Altamira se feront une joie de vous accompagner
Avec leurs instrument du monde, il y en a de partout, que de sonorités !
Alors si vous êtes inspirés pour chanter, jouer, réciter un poème, pourquoi pas un slam
Un petit détour s’impose pour vous faire enregistrer, dans les studios de Radio Tête d’Âne

A Montrem, il y a toujours de quoi faire, il est impossible d’en avoir marre
Un saut à Sarlat, une visite à la ferme, ou un petit tour en gabarre
Sur ce grand cours d’eau riche d’histoire dans le sud de la France
On en a même fait un feuilleton, souvenez-vous, la "Rivière Espérance"

Le soir, à Montrem, la vie continue, on est pas prêts de se coucher
Il y a toujours quelque-chose après le repas, c’est le moment de la veillée
Concert, cinéma, grand jeu ou chabadabada
On oublie la télé, on se rassemble et on s’éclate comme des rois

Au fait, ne manquez surtout pas la soirée contes, avec notre immense directeur
Si la taille du bonhomme impressionne, c’est aussi un grand orateur
Il vous fera voyager comme personne, bien souvent en improvisant
Je ne sais pas pour vous les amis, mais moi j’appelle ça le talent

Montrem, petit monde rural
Montrem petit monde peu banal
Montrem, tu nous remontes le moral
Montrem, tu nous fait la totale
Montrem, ton séjour c’est de la balle !

Hou là ! On sent bien que le départ approche à grand pas
Me revoilà qui m’exprime, à la manière du « neuf trois »
C’est qu’il est temps mes amis, de tous rentrer chez soi
Avec Montrem au cœur et des souvenirs plein la tête, jusqu’à la prochaine fois…

Marcelle Courtellemont & Philippe Vallin
Accompagnement musical : Boris Lelong


Ce slam a été réalisé durant le séjour retraités organisé au centre de vacances de Montrem en Périgord, en septembre 2006. Créé à l'initiative de l'une des participantes, il a été déclamé devant tous les autres par ses deux auteurs, en ouverture d'une soirée "Expression", où de nombreuses personnes âgées dionysiennes ont pu nous faire partager toute l'étendue de leurs talents, en musique, en chanson, en poésie, et bien d'autres choses encore.
Mercredi 20 septembre 2006 3 20 /09 /Sep /2006 14:24
- Par Philippe Vallin
Mohamed Saïdou Sow - Guinée : flûte peule du Fouta Djallon
(Collection Musique du Monde Buda records 2006)

Mohamed Saïdou Sow est originaire du Fouta Djallon, un haut plateau montagneux situé au nord de la Guinée. Cette magnifique région au climat tempéré est la plus peuplée de la République africaine. Ornée de plaines et de collines boisées, elle est aussi appelée le "château d'eau de l'Afrique de l'Ouest". En effet, plusieurs fleuves de cette zone du continent viennent y prendre leur source, tels que le Niger, le Sénégal ou le Gambie. Si "Fouta" se traduit par "Montagne", le terme "Djallon" provient quant à lui de "Djalonké", l'ethnie qui occupait la région avant que les peuls ne viennent la coloniser massivement. L'ethnie Peule est aujourd'hui l'une des plus répandues en Afrique de l'Ouest. C'est un peuple nomade sahélien dont la vie s’organise principalement autour de l'élevage et du bétail. Mohamed Saïdou Sow est de ceux là, mais il n'est pas berger comme la plupart de ses pairs. C'est un talentueux "Nyamakala", sorte d'artisan-musicien détenteur d’une longue tradition de maîtres flûtistes. Ces derniers on l'habitude de parcourir le pays de village en village, en quête d'évènements festifs et autres cérémonies à animer, tels que baptêmes, mariages, rites religieux, initiatiques, et plus rarement, des manifestations liées à la vie politique locale. Les Nyamakala sont des artistes complets, à la fois comédiens, danseurs, acrobates et musiciens. Combinant leur art avec humour et rare virtuosité, leurs prestations se déclinent en une succession de gags burlesques, de sketches mis en musique et d'acrobaties en tout genre.

Sur ce nouveau disque enregistré à Dakar et édité par l'excellent label Buda records, Mohamed Saïdou Sow s’emploie, au son de sa flûte, à nous faire découvrir l’univers épuré d’un pâtre peul. La flûte est l'instrument du berger par excellence, une constante dans le monde paysan, et ce depuis l'aube des temps. Son instrument est appelée "tambine", ou "buru" chez les mandingues. Sa sonorité est assez proche de celle du Ney du Moyen Orient, bien que les deux instruments soient radicalement différents dans leur conception. Le tambine est une flûte traversière en palmier, matière encore plus légère que le bambou, de la longueur d'un bras et percée de trois trous équidistants au bout. Contrairement à d'autres flûtes traversières traditionnelles à travers le monde (la bansouri en Inde, la traversière des Andes, le fifre en Europe), le biseau n'est pas rond mais carré ou rectangulaire, entouré de cire sur les côtés, telle l'embouchure du didjeridoo australien. Le tambine couvre trois octave et il est la plupart du temps jouée dans un ensemble, ce qui ne rend pas aisée l'appréciation de toute sa richesse texturale et harmonique.

Remercions le label Buda qui a eu la riche idée de publier cet enregistrement en solo, grâce auquel chaque auditeur pourra enfin discerner toutes les subtilités de cet instrument au timbre étonnant et au son jeu si particulier. Le flûtiste produit en effet des petits cris qui ponctuent la musique, voir de véritable déclamations enjouées faisant appel à la voix ! Mohamed Saïdou Sow est un maître du tambine, maîtrise qu'il tient de son grand père, suite à une initiation qui débute dès sa plus tendre enfance. Il était donc le plus qualifié pour nous faire découvrir cet insolite instrument peul, à travers cet enregistrement passionnant et de grande qualité qui lui rend le plus bel honneur. Philippe Vallin

(Chronique parue dans le N°25 du magazine Ethnotempos)

Mardi 12 septembre 2006 2 12 /09 /Sep /2006 23:49
- Par Philippe Vallin
No-Man - Together we’re stranger (Kscope 2003)

Steve Wilson et Tim Bowness ne se seront pas fait attendre pour enfanter un nouvel opus de no-man. En effet, moins de 2 ans nous séparent de leur très réussi "Returning Jesus", album superbe et intimiste qui avait reçu, bien plus que ses prédécesseurs, les faveurs des fans de Porcupine Tree. La raison était simple : si les disques antérieurs naviguaient entre les eaux de la pop et de l’electro sans jamais trop savoir où accoster, "Returning Jesus" se voulait davantage cohérent et affichait clairement la voie d’une pop sophistiquée classieuse et aboutie.

Le nouvel album de no-man s’inscrit dans le même continuité et confirme tout le bien qu’on pouvait penser de ce groupe au mille visages, en surpassant même "Returning Jesus" sur bien des points. "Together" se veut plus éthéré que son aîné tout en faisant preuve d’une richesse instrumentale jamais atteinte chez No-Man, avec par exemple une utilisation accrue (mais toujours discrète) de la clarinette, de la trompette, de l’orgue et de la flûte. Comme d’habitude, tout le personnel du groupe ou presque a changé. Autour du fameux duo de tête Tim Bowness et Steve Wilson, on retrouvera ici pas moins de six musiciens, dont le souffleur Ben Castle et le pluridisciplinaire Roger Eno aux claviers.

La musique qui résulte de cette rencontre, sorte de pop électroacoustique en apesanteur, n’a jamais été aussi splendide sur le plan mélodique, et chacune des 7 compositions de l’album est une véritable pièce d’orfèvre qui se découvre et se déguste avec passion. Des nappes d’orgue et textures guitaristiques qui ouvrent "Together we’re stranger" aux magnifiques arpèges de "Photographs in black and white", c’est à tout un monde d’enchantement et de sensations douces que nous convient les musiciens de ce No-man en état de grâce. Pour vous donner une idée de l’univers dans lequel vous serez immergés, imaginez comment pourrait sonner le croisement du meilleur  David Sylvian et d'un "In absentia" amputé de ses penchants les plus nerveux.

Et si on plane dur avec ce nouvel album de No-man (la puissance musicale ne se mesurant pas forcément en décibels), les points communs avec Porcupine Tree sont ici plus nombreux que jamais. Les deux formations ont en effet tendance à s’homogénéiser avec le temps au niveau du son et de la structure des compos, les penchants "techno" ayant par exemple été mis de côté dans les deux cas. Sans oublier ce flagrant parallèle au niveau des harmonies vocales, qui rendent immédiatement identifiable aujourd’hui la touche de Steve Wilson. Ecoutez donc "All the blue changes" ou "The break-up for real", vous m’en direz des nouvelles. Bref, il serait donc franchement dommage de faire l’impasse sur ce petit bijoux, qui de plus promet monts et merveilles pour l’avenir. Magnifique ! Philippe Vallin


Site web : www.no-man.co.uk

Lundi 11 septembre 2006 1 11 /09 /Sep /2006 20:59
- Par Philippe Vallin
David Sylvian - Blemish (Samadhisound 2003)

Depuis quelques mois, les fans de David Sylvian sont plus que gâtés. La série du bonheur débute en effet avec la parution surprise d’un album étonnant (celui dont il est question ici) sur le nouveau label de l’artiste, puis elle se poursuit avec un concert parisien inoubliable à la Cigale le 27 septembre, et se conclue en apothéose avec la luxueuse réédition de ses quatre premiers opus en solitaire. L’introductif "Brillant Trees", l’instrumental "Alchemy : an index of possibilities" (objet de convoitise devenu très vite rarissime), le monolithique "Gone to Earth" et l’intimiste "Secret of the behives" ont ainsi tous bénéficié d’un superbe lifting sonore et visuel, et se sont vus enrichis pour la plupart de titres bonus à l’intérêt non négligeable. Sans oublier le tout récent CD-single japonais "World Citizen" (Warner Music) que le chanteur anglais a enregistré en compagnie de son vieil ami Ryuichi Sakamoto, à qui l’on doit conjointement "Forbidden colours", le célèbre thème du film "Furyo" de Nagisha Oshima. Et pour ceux qui n’auraient pas encore épuisé les dernières ressources de leur porte-monnaie, trois albums de Japan viennent également de subir la remasterisation ultime, ainsi que le projet Rain Tree Crow, chef d’œuvre absolu de pop high-tech enregistré en 1991 par David Sylvian et ses anciens comparses Steve Jansen, Richard Barbieri et Mick Karn, ici autrement plus inspirés que par le passé. Ouf, je crois qu’on va s’arrêter là pour le moment, d’autant plus que l’artiste doit nous pondre un nouvel album pour le printemps 2004, cette fois-ci en compagnie de son frère Steve Jansen, batteur/percussionniste aussi chanteur à ses heures.

Mais revenons à l’œuvre qui nous intéresse, à savoir "Blemish", 1er album de David Sylvian a avoir vu le jour chez Samadhi Sound, label indépendant qui, on l'espère, permettra à son fondateur de continuer à créer librement et sans la moindre pression ou contrainte commerciale. Précisons ici que Sylvian vient juste de divorcer avec la maison Virgin, après une vingtaine d’années d'entente commune. "Blemish", accusant 43 trop courtes minutes au compteur, est un album qui peut dérouter à la première écoute de par son contenu à la fois minimaliste et biscornu, mais qui livre toute sa substance émotionnelle pour peu qu’on veuille bien s’y attarder un peu. A des années lumières de la grosse production d’un "Dead bees on a cake", dernier "vrai" album solo en date et nouveau chef d’œuvre de pop sophistiquée au potentiel de séduction immédiat, "Blemish" est une œuvre hyper-intimiste, entièrement composée et  produite à domicile. Le contenu de l’album pourrait se définir comme une sorte de rencontre entre style electro branché, ambient atmosphérique, pop acoustique et musique improvisée. En effet, quelques parties de guitares acoustique peuvent s’avérer pour le moins déconcertantes ! Mais le bonheur reste intact, et si les huit perles sous éther que regroupe l’album sont dans l’ensemble animées par les textures synthétiques, mélopées et autres effets de guitares dont seul David Sylvian a le secret, elle n’en restent pas moins dominées par le voix chaude et suave de celui-ci, omniprésent ou presque au niveau du chant.

David Sylvian prouve donc une nouvelle fois avec "Blemish" qu’il est un artiste rare et précieux, un indémodable qui se bonifie avec le temps tout en se renouvelant constamment. En conclusion, je conseillerai au néophyte qui souhaiterait débuter son voyage en terres "Sylvianesques" de se pencher en priorité sur un disque antérieur du musicien anglais. N’importe lequel fera l’affaire, avec une préférence cependant pour le définitif "Gone to Earth". Les autres peuvent prendre leur billet sans hésitation. Philippe Vallin

(Chronique parue en 2003 dans le magazine Traverses)



Samedi 9 septembre 2006 6 09 /09 /Sep /2006 02:34
- Par Philippe Vallin
Magyar Posse – Kings of Time (Verdura Records 2004)

Contrairement à ce qu’on pourrait croire en découvrant la pochette du présent CD, Magyar Posse n’est pas une obscure forma­tion d’Europe de l’Est nostalgique de l'ère communiste. En effet, ce jeune groupe sorti de nulle part est ori­ginaire de Scandinavie, plus précisément de la ville de Pori en Finlande. Il est déjà auteur d’un magnifique premier album paru en 2002, à peine remarqué dans les sphères post-rock. Il y a 2 ans donc, "We will carry you over the mountain" avait en effet ravi les amateurs éclairés de Godspeed You Black Emperor, dont le quintet reprenait les principaux éléments identitaires, à savoir une musique sombre et tourmentée, basée essentiel­lement sur l’utilisation des cordes (électrifiées ou non), et les inévitables montés en puissance de chacun des morceaux. Ce nouvel opus élargit ses influences et sa palette d’instruments, propo­sant une musique autrement plus variée, plus sophistiquée aussi, qui allie avec maîtrise et ins­piration des mélodies façon Ennio Morricone, les climats poétiques du groupe Air et les défla­grations telluriques chères à l’écurie post-rock des Gybe, Mogwai, Sigur Ros et autres Mono.

En résulte une œuvre musicale en définitive assez singulière, finement ciselée au niveau des harmonies et des climats, dont la beauté glaciale devrait ravir un très large horizon de mélomanes. Si la majorité de ceux ci accueilleront "Kings of time" comme une œuvre de rock de chambre tendance s’inscrivant dans l’air du temps, les amateurs de rock progressif ne seront pas en reste, pouvant de leur côté associer le propos musical de Magyar Posse à celui des cousins scandi­naves que sont Anekdoten, Landberk ou Morte Macabre, ambiances torturées et mélancoliques à l’appui. Pour tous, un disque à décou­vrir. Philippe Vallin

(Chronique parue dans le magazine Traverses)



 
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