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Ce blog est consacré à mes activités d'animateur socioculturel à la ville de Saint-Denis (93), mais aussi de chroniqueur et de musicien amateur. Au fil de ces pages, vous pourrez suivre l'actualité de divers projets professionnels et autres initiatives que je (co)pilote ou auxquelles je suis associé : événements, rencontres, concerts, scènes ouvertes, jumelages artistiques, etc. Quelques chroniques musicales seront également publiées selon les coups de coeur et l'inspiration. En bref, ce site est une petite fenêtre ouverte sur mon réseau de proximité, un espace d'information et de partage d'expériences. A bientôt !

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Dimanche 16 juillet 2006 7 16 /07 /2006 21:37
- Par Philippe Vallin
Marillion - Anoraknophobia (EMI 2001)


En 1998, Marillion jette un gros pavé dans la mare avec la publication du déconcertant "Radiation", album très inégal qualitativement et à la production terne indigne de leur renommée. Autre défaut majeur : le groupe anglais affiche ici trop ouvertement ses influences du moment (écurie Radiohead en tête) , même s’ils veulent (et quelque part je les comprends) en finir une bonne fois pour toute avec l’étiquette "néo-progressive" qui leur colle à la peau depuis le début des eighties. Les vieux fans crient au scandale, beaucoup d’entre eux jettent l’éponge, et les nouveaux ne se bousculent pas au portillon : ils ont bien assez à faire avec les pop-bands de leur génération, dans un contexte musical en plein bouillonnement créatif, et ne souhaitent pas se tourner vers une formation au dénominatif aussi stigmatisé "has been" que Marillion (vilain préjugé, confirmé par la sortie du nouvel opus). Chronique d’une mort annoncée ? Personnellement, je suis loin de le penser, et je dirai même avec le recul que ce disque de transition était nécessaire (encore une fois, "Anoraknophobia" ne fait que renforcer cette conviction personnelle). L’année suivante, ".com" confirme la démarche du groupe à vouloir faire autre chose. La production reprend un certain éclat (merci Mr Steve Wilson), les morceaux de bravoure sont de retour, mais l’ensemble, encore un fois entre deux eaux, ne suffira pas à raccrocher les fans sur le départ et à redorer le blason de la bande à Steve Rothery. Marillion réussi tout de même une fois de plus à surprendre en publiant un album différent du précédent, comme c’est le cas depuis l’heureuse intégration de Steve Hogarth (l’un des tout meilleurs chanteur rock actuel à mon humble avis).  En effet, il est clairement affiché d’opus en opus que le groupe ne tient pas à faire marche arrière, ni à se répéter. Sont ils à blâmer pour cela ? Certes pas !  Preuve établie deux ans plus tard avec "Anoraknophobia", qui voit le groupe de retour chez EMI, et le come-back inespéré de Dave Meegan à la production, l’homme à qui on doit les chefs d’œuvre que sont "Brave" et "afraid of sunlight". Et voilà Marillion qui nous pond et de très loin son meilleur album depuis ce dernier ! Rien à jeter ici, même les titres les plus conventionnels obtiennent la mention "écouté et approuvé" haut la main. Et ne vous laissez pas abuser par la pochette au design à mi chemin entre South park et Playmobil (que je trouve plutôt gonflée et amusante d’ailleurs), car le contenu ne tape pas dans l’esthétique supermarché affiché sur l’emballage !

Petit tour d’horizon : le disque démarre en fanfare avec "Beetween you and me", sorte d’hymne rock’n roll que n’aurait pas renié U2 dans ses débuts (idem pour le pétaradant "Separated out" qu’on retrouve quelques plages plus loin). Parfait et efficace  pour ouvrir les festivités, même si le meilleur reste à venir. Et le meilleur ne se fait pas attendre avec les neufs minutes de "Quartz" qui représente sûrement ce que Marillion à fait de mieux depuis des années ! le parti pris musical est ici résolument moderne et groovy, pour un résultat assez proche du meilleur Massive attack (on pense aussi au travail de Positive light sur l’excellentissime "Plague of ghost" de Fish). Jamais la basse de Pete Trewavas n’a été autant à son avantage, jamais Rothery ne s’est montré aussi inventif à la guitare (wah wah, riff, arpèges, tout y passe, même si exit pour de bon il semblerait les longs soli mélodiques qui ont fait la réputation et le style du gratteux). Quand à Steve Hogarth, celui ci ne s’est jamais montré aussi bon et culotté dans son style de chant (il s’essaye même quasiment au rap, c’est vous dire). Pour moi, ce morceau est l’incarnation même du rock progressif moderne, celui qui se tourne résolument vers le 21ème siècle. Transition idéale pour évoquer le deuxième temps fort de l’album, le fabuleux "This is the 20th century", qui poursuit dans la voix du groove électronique et planant, en réhabilitant le style romantique de Marillion : montée en puissance, sentiments exacerbés, lyrisme… Très grand ! Mêmes commentaire pour le magnifique "When I meet good", où le raffinement mélodique poussé à l’extrême côtoie l’émotion à fleur de peau. Une nouvelle fois la magie Marillion opère alors que plus personne n’y croyait, et pourtant ! Impossible non plus de ne pas évoquer  dans la liste des incontournables l’étonnant et groovy (eh oui, encore ! Décidément !) "The fruit of the wild rose", titre le plus "progressif" de l’album dans sa conception, tout en contre-temps et  en changement de thèmes, malgré ses (trop ?) courtes six minutes. Surprenant également que le morcau qui clôture l’album (à l’image de son titre : "If my heart were a ball it would roll uphill "), au son volontairement sale et au tempérament violent.

Aurais-je oublié quelque chose dans cette courte visite guidée  ? Ah oui ! L’inévitable rengaine "poppy" que Marillion semble affectionner tant, ici incarnée avec un certain brio dans le très accrocheur "Map of the world". La chanson pop calibrée et millimétrée par excellence, qui si elle n’apporte rien à l’ensemble, est ici loin de faire tâche (un peu comme le "beautiful" du disque que vous savez). Voilà, tout cela pour dire que cet album m’a réconcilié avec le Marillion que j’aime, celui qui va de l’avant, qui se montre innovant en privilégiant ce qu’il sait susciter le mieux : l’émotion. Avec " Anoraknophobia", Marillion redevient la machine à rêver qu’il était. Merci les gars, et bravo ! Philippe Vallin

(Chronique parue initialement dans le magazine Koid'9)



Samedi 15 juillet 2006 6 15 /07 /2006 14:42
- Par Philippe Vallin


Steve Hogarth, le chanteur charismatique de Marillion, mêne en parallèle à ses activités au sein du groupe une carrière solo discrète, mais tout aussi digne d'intérêt. Au moment où s'achève sa tournée européenne "H Natural"* (avec 2 inoubliables passages en France à Paris et à Lille, en février et juin dernier), je vous propose de découvrir, grâces aux chroniques ci-dessous, un artiste que j'affectionne tout particulièrement, et que je considère comme l'une des plus grande et belle voix du rock, ni plus ni moins.


*l'homme était seul sur scène au piano, avec son "bagage" de chansons (ses compos et ses classiques affectionnés), sans show ni filage préparé, mais juste la volonté de "construire" chacun de ceux-ci selon les requêtes formulées en direct par son public. Un exercice pas si évident que ça même pour un grand professionnel de la scène, un défi personnel que H semble avoir réussi à relever avec brio. On en espère quelques extraits sur disque, avec la possible parution prochaine d'un nouvel album live. Patience et croisements de doigts donc...


H BAND - Live Spirit / Live Body (Poison Apple/Racket Records 2002)

Steve Hogarth est un artiste trop souvent sous estimé, voir injustement décrié… Et pourtant, en parallèle à son rôle déjà essentiel au sein de Marillion (n’en déplaise à ceux qui croient encore que l’histoire du groupe s’est arrêtée avec le départ de Fish), "H" mène aussi une discrète mais brillante carrière solo via laquelle il fait véritablement éclat de tout son talent de compositeur et surtout de son incroyable (et insoupçonné !) éclectisme musical. En effet, si ce dernier avait déjà démontré en 1997 avec "Ice cream genius" qu’il était bien plus que le simple chanteur, aussi formidable soit-il, de l’une d’une des formations les plus mythiques du courant progressif, il confirme aujourd’hui avec ce double live qu’il fait partie des artistes pop les plus intéressants, novateurs et créatifs du moment, ni plus ni moins. Ce somptueux double album au packaging classieux et richement illustré (mais uniquement disponible en ligne auprès du label, ce qui est plus que dommage) nous fait écho de deux prestations londoniennes du "H Band", enregistrées les 8 et 9 août 2001 et remixées de main de maître par le producteur Dave Meegan, à qui l’on doit entres autres les fameux "Brave", "Afraid of sunlight" et "Anoraknophobia".

Le contenu de cet opus live (divisé en 2 partie bien distinctes) illustre à merveille toute l’ambivalence de Steve Hogarth, personnage à la fois très intérieur, ultra-sensible, à fleur de peau, mais aussi extraverti quant il le faut, voir carrément délirant, possédé ! En effet, si la set-list de "live spirit" se veut nostalgique et onirique à souhait, faisant la part belle aux titres les plus atmosphériques du groupe, celle de "live body" propose un panel de morceaux pop et rock débordant de vitalité et d’énergie, où Hogarth semble laisser libre cours à tous ses débordements fantaisistes. L’ensemble est ainsi composé de titres plus ou moins revisités d’" Ice cream genius", ainsi que d’une multitude de reprises de groupes et d’artistes dont les noms laissent rêveur, jugez plutôt : Peter Gabriel, Jethro Tull, David Bowie, Pink Floyd, Jeff Buckley etc… Pour mener à bien cette ambitieuse entreprise, Steve Hogarth s’est entouré d’un liste de musiciens non moins prestigieuse, puisque ce groupe aussi génial qu’insolite réunit tout de même les pointures que sont Richard Barbieri aux claviers (Porcupine Tree), Dave Gregory (XTC) et Aziz Ibrahim (Stone Roses) aux guitares, Andy Gangadeen (Massive Attack) à la batterie, Jingles à la basse, Stephanie Sobey-Jones au violoncelle et Dalbir Singh aux tablas (à ne pas confondre avec son homologue Talvin Singh, qui fait un carton dans le monde de la fusion électronique et world music). Dans ce désir de réunir des musiciens de tous horizons, H rejoint plus que jamais dans sa démarche un certain Peter Gabriel, affirmant ici la même soif d’éclectisme et de brassage culturel. En témoignent par exemple les formidables "Cage" et "Xen And Now", respectivement alimentés par les rythmiques indiennes de Dalbir Singh et les guitares aux consonances moyen-orientales d’Aziz Ibrahim, lui même auteur de cet unique titre instrumental. "Live Spirit : Live Body" propose donc du haut de ses 150 minutes un cocktail subtil de compositions personnelles (mais pas de réelle nouveauté, bien malheureusement) et de reprises parfois transcendées ("Dream Brother" de Jeff Buckey est en ce sens à tomber par terre). Comme je l’ai mentionné plus haut, les titres issus du "Ice Cream Genius" apparaissent ici dans des versions souvent retravaillées, voir parfois même totalement remodelées. Ainsi, " Cage" bénéficie d’une extension instrumentale au tempo dub absolument renversante et jubilatoire, et quant au final de "Deep Water", celui ci se voit sérieusement rallongé et enrichi d’une multitude d’effets, renforcés par d’obsédantes séquences de tablas qui vous plongent en un véritable état de transe ! A noter aussi la présence inespérée du très rare "The Last Thing", titre évoquant fortement le meilleur Porcupine Tree, disponible uniquement sur le single "You Dinosaur Thing" et sur le pressage américain du fameux "Ice cream genius".

Du côté des reprises, l’ami H nous aura tout aussi bien gâtés, puisqu’il nous offre ici entre autres les classiques que sont "I don’t remember" de Peter Gabriel, "The loving" d’XTC, "See Emily play" de Pink Floyd (ça nous change un peu des rengaines habituelles dont nous assènent les cover bands et autres tribute-albums !), "Maybe I’m amazed" de Paul Mc Cartney, et pour couronner le tout, une version à vous refiler la chair de poule du "Life On Mars ?" de David Bowie. Rien de mieux en effet que la voix et la sensibilité d’Hogarth pour se prêter à ce genre d’exercice, pas aussi évident qu’il n’en a l’air. Et pour les amateurs du Marillion actuel, ceux ci pourront se délecter au final d’un très émouvant "Estonia", ainsi que d’une version piano/voix absolument bouleversante de "This is the 21st century" (sans oublier le fantastique "Nothing to declare", la plus marillionesque parmi toutes les autres compositions du chanteur anglais ! Bref, voilà donc un magnifique album-souvenir à se procurer d’urgence pour tous ceux qui ont eu la chance d’assister au chaleureux et inoubliable concert parisien au café de la danse, et pour les autres, l’occasion rêvée de (re)découvrir un artiste immense et profondément humain. "Live Spirit / Live Body" est sans conteste un disque d’une incroyable générosité, servi par un collectif de musiciens hors pair, affichant un véritable plaisir de jouer ensemble et de partager des émotions, doublé d’un album live riche et original comme on n’en fait que trop rarement. Exceptionnel. Philippe Vallin


Le H-Band au Café de la danse – le 05 janvier 2002

Quelle grande et magnifique surprise que ce nouveau concert du "H Band" à Paris ! En effet, je n’en attendais pas beaucoup plus que leur fort sympathique prestation au Divan du Monde en 1997, dans le cadre de la tournée "Ice cream genius", 1er album en solo du chanteur de Marillion. 5 ans se sont donc écoulés depuis (sans nouveauté discographique à la clef), mais avec un groupe qui a bigrement évolué, qui s’est enrichi de nouveaux musiciens (et pas n’importe lesquels, voir un peu plus bas !), mais aussi et surtout de nouvelles influences… Loin du Marillion d’aujourd’hui ou du rock progressif des conservateurs (ni voyez là aucune comparaison qualitative de ma part), le H band serait une sorte de fusion parfaite et résolument moderne entre pop music, psychédélisme, électronique version Trip-hop, voir même world music. Avec ce nouveau collectif, Steve Hogarth peu faire fie de ses frustrations créatives au sein de son groupe de référence (exprimées par l’artiste lui même au cours de diverses interviews), et laisser s’épanouir tout son talent de compositeur, que beaucoup mésestiment trop souvent et à tort. Autour de "l’homme aux milles visages", on retrouve quelques anciens, dont Richard Barbieri et ses sonorités magiques de claviers, ainsi que le formidable guitariste Aziz Ibrahim (Stone  roses) qui en aura bluffé plus d’un tout au long de la soirée avec son jeu innovant et bourré d’idées. Parmi les nouvelles recrues, citons Dave Gregory (guitariste du groupe XTC), Andy Gangadeen  (batteur de Massive Attack), le tabliste indien Dalbir Singh et Stephanie Sobey-Jones au violoncelle, créditée également au même instrument dans l’excellent " Anoraknophobia" de Marillion. La set-list de la soirée sera un formidable mix de titres issus de "Ice cream genius" ("Really like", "You dinosaur thing", "The deep water", "Cage", "Better dreams", "Nothing to declare"…) dans des versions complètement remaniées et transcendées, de titres de Marillion également revisités (un joyeux "Eighty days" et un enorme "Estonia"), et pour finir un bon lot de reprises toutes plus étonnantes que les autres. Citons pèle mêle "The Loving" de l'album "Oranges & Lemons" d’XTC, une autre des Psychedelic Furs, deux de Peter Green's Fleetwood Mac ("Green Manalishi" et "Man Of The World"), l’éternel "Life On Mars" de David Bowie (chair de poule garantie pour toute la salle !), "Dream Brother" de Jeff Buckley (encore un ange qui nous a quitté trop tôt) et pour finir, une incroyable et dynamique version de "See emily play", qui je le rappelle est le tout premier single d’un jeune groupe du nom de…. Pink Floyd !

Steve Hogarth fera également un joli clin d’œil à son passé en interprétant "India", un titre de How we live  (son 1er groupe d’appartenance avec les  Europeans) où le percussionniste du groupe s’en donnera à cœur joie en frappant ses tablas (tout comme sur le final de "Cage" qui reste pour moi l’un des moments fort de ce concert). Autre surprise (et grand moment !) quand le groupe entamera un instrumental complètement tripant du répertoire solo d’Aziz Ibrahim, sorte de délire psychédélique digne de Porcupine Tree, ici joué à la sauce moyen orientale (Jimmy Page et Robert Plant devraient écouter ça). Voilà, que dire de plus de ce concert au Café de la Danse sinon qu'il fut un total enchantement ? Steve Hogarth, ici plus charismatique que jamais, semblait complètement à l’aise, détendu, sûr de lui, démontrant tout au long des 2 h 30 du set une folle envie de partager un grand moment de bonheur musical et d’intimité avec son public. L’ambiance entre les membres du groupe était excellente, les plaisanteries et autres private jokes fusaient dans toutes les directions… A l’arrivée, c’est pour moi le plus grand concert que j’ai vu de Steve Hogarth, Marillion inclus (à l’exception de la tournée "Brave" qui aussi m’avait laissé sur le cul : normal, je découvrais le groupe sur scène). Tout était parfait : salle accueillante, son impeccable, light show élaboré, groupe en parfaite harmonie et en état de grâce, public réactif et chaleureux, musique intense et surprenante, à tous les instants… J’en attends avec encore plus d’impatience la parution imminente du "H live spirit" (double album live, cela va de soit vu le titre) et surtout d’un possible nouvel opus solo du beau Steve, artiste en plein épanouissement créatif qui devrait faire encore un pas en avant dans l’innovation. Chapeau bas. Philippe Vallin


Vendredi 14 juillet 2006 5 14 /07 /2006 12:01
- Par Philippe Vallin
Mon ami guitariste anglais Mat Dickson est actuellement en train de peaufiner la réalisation de son nouvel album instrumental, qui viendra clôturer sa trilogie conceptuelle dédiée aux gardiens des vieux phares maritimes. A quelques semaines de la parution de ce nouveau disque (qui sera bien sûr chroniqué dans ces pages !), l'occasion est trop belle de vous donner l'envie de découvrir la délicieuse musique de cet artiste qui mérite une autre reconnaissance, artiste aussi talentueux que modeste (si si Mat ! ;-))


Mat Dickson - The lighthouse keeper (Beachcomber music 1998)


Amateurs de guitares mélodiques, d’ambiances celtiques et de musiques instrumentales propices à la rêverie, attardez-vous quelques instants sur cette modeste chronique, sous peine de faire l’impasse sur une bien jolie découverte ! Enregistré et autoproduit en 1998 par un jeune et très doué musicien anglais répondant au nom de Mat Dickson, "The lighthouse keeper", première perle d’une trilogie thématique dédiée aux gardiens des vieux phares maritimes, vient d’être rééditée par son auteur dans un très sobre mais joli digipack. Arborant un visuel différent qui illustre à merveille le concept de l’album (la solitude face à l’immensité), cette version définitive peut dignement intégrer votre discothèque, au même titre que son successeur "The Keeper’s log" ("Le journal du gardien"), paru en 2003 sous la même forme, en attendant bien sûr l’édition du prochain opus en cours de réalisation. "La trilogie du gardien du phare" s’ouvre dans la plus grande sérénité, l’auditeur se voyant d’emblée porté et enveloppé par une musique en apesanteur, servie par les guitares de Mat, omniprésentes. Et le bonheur ne faiblit pas tout au long des onze titres mélodiques et mélancoliques à souhait, qui s’enchaînent les uns aux autres durant un peu plus d’une heure, en tissant cette magnifique fresque qui rend  hommage à une tradition ancestrale aujourd’hui disparue. Guitariste de grand talent et à l’extrême finesse, Mat fait fondre de délicieux arpèges électriques et acoustiques avec des textures atmosphériques qu’il crée au moyen de ses claviers. Pour vous donner une petite idée de ce qui vous attend, sachez que le feeling de Mat Dickson est très proche de celui d’un Steve Rothery (période "Season’s end" surtout), et que sa musique évoque parfois celle de Dan Ar Braz, quand celui-ci veut bien donner le meilleur de lui-même à travers ses œuvres instrumentales. Mais à l’écoute de ce premier essai discographique, il est clair que Mat possède sa propre personnalité de musicien et qu’il a su y transcender ses multiples influences. Si le second opus de la trilogie se veut plus contrasté et plus riche au niveau instrumental, "The lighthouse keeper", placé sous le signe de l’émotion, reste pour moi l’album qui définit le mieux le style de Mat Dickson. Une musique qui vient du cœur, sincère, généreuse et emplie d’humilité, à l’image de son auteur. Si les phares majestueux des vieux ports se sont éteints dans le grand large, ils brilleront toujours pour quelqu’un grâce à ta musique, Mat ! Philippe Vallin



Mat Dickson - The Keeper’s log (Beachcomber Music 2003)

Tout juste quelques mois après la parution de son 1er album intitulé "The Lighthouse Keeper", un disque dédié aux gardiens des vieux phares maritimes et à leur tradition, voilà que le compositeur anglais Mat Dickson nous en livre déjà un successeur, qui une nouvelle fois porte sur les thèmes de la mer et de sa solitude. Et il y a fort à parier que "The Keeper’s log" fera à nouveau le bonheur de tous ceux qui avaient craqué sur les douces mélopées atmosphériques du 1er opus de notre jeune et talentueux guitariste ! Si l’œuvre de Mat Dickson a été découverte sur le tard,  le surdoué mélodiste n’a donc pas perdu de temps à se remettre au travail et ainsi battre le fer pendant qu’il est encore chaud. En effet, "the lighthouse keeper", totalement auto-produit de main de maître, était disponible depuis l’année 1998  mais ne bénéficiait malheureusement d’aucun système de distribution, et ce jusqu’à ce que sa musique résonne aux oreilles des structures VPC spécialisées bien de chez nous ! Aussi, en très peu de temps, le 1er album de mat a reçu d’excellents échos dans le fanzinat progressif hexagonal, et un bouche à oreille favorable semble avoir fait depuis son effet ! C’est donc un Mat Dickson en pleine forme et empli d’enthousiasme qu’on retrouve pour ce deuxième album (qui plus est servi dans un très beau digipack !), empli de fraîcheur, de feeling et de trésors mélodiques à souhait. Ceux qui pouvait reprocher une certaine monotonie à "The Lighthouse Keeper" n’ont aucune appréhension à avoir, tant ce nouvel opus se veut davantage  varié et contrasté que son prédécesseur (dont le parti pris 100 % planant et onirique pour ma part me convenait tout à fait ). Mat donne ici à son travail une couleur encore plus folk, en utilisant par exemple une plus large palette sonore, en incorporant des échantillons d’accordéon et en utilisant davantage ceux de la cornemuse et autres instruments à consonance celtique. S’il est vrai que l’apport d’un vrai potentiel acoustique sonne toujours beaucoup plus naturel, on ne peut que saluer le perfectionniste Mat Dickson pour la qualité du résultat obtenu. Espérons seulement que le jeune compositeur se donnera un jour les moyens d’enregistrer avec d’autres musiciens, qui part le biais de leurs instruments respectifs viendront étoffer ses compositions et ainsi leur donner encore plus d’éclat. Et celles-ci, je vous l’assure, méritent véritablement les plus beaux atours. Notons aussi la volonté de Mat de dynamiser certains de ces morceaux, en témoigne par exemple l’envolée progressive d’un titre comme "Before the storm", qui ravira à coups sûr les amateurs du néo-prog le plus cadencé. Mais ce qui prédomine tout de même (et qui par la même occasion défini le style si personnel de Mat Dickson), ce sont ses arpèges de guitares tantôt acoustiques, tantôt électrifiées, avec lesquels le musicien tisse à l’infini de magnifiques lignes mélodiques sur fond de nappes de clavier (quel aisance ! on se demande d’ailleurs où il va chercher tout ça !). Bref, ça coule tout seul pendant 67 minutes, et c’est beau, tout simplement. Philippe Vallin


Interview de MAT DICKSON (Magazine Koid'9 N°43, octobre 2002)

1-    Mat, les lecteurs du Koid’9 ne te connaissent pas encore : pourrais tu donc nous faire part de ton « curriculum vitae » de musicien, en évoquant ta formation d’origine et ton parcours musical ?

Bonjour ! J’ai commencé la guitare vers l’âge de 14 ans, tout d’abord avec quelques leçons de guitare classique, mais sans avoir jamais compris quoi que ce soit à la théorie ! Par la suite, c’est tout simplement ma passion pour la musique pop/rock qui m’a poussé à essayer de jouer d’abord de la basse (avec la même guitare classique ! ! !) en accompagnant des disques. De là est venu mon auto-apprentissage des six cordes, mais de manière très lente, cela en raison de l’absence d’autres guitaristes dans mon entourage. Ce n’est qu’à l’âge de 19 ans que j’ai découvert le plaisir de jouer en groupe (uniquement des reprises), alors que je travaillais au théâtre en tant que technicien. Le groupe s’appelait Bash’s Backstage Boogie Band  et il réunissait une fois par an une vingtaine de musiciens et de chanteurs/es amateurs des coulisses du théâtre pour la saison Off – le vrai délire ! Pourtant je me suis rendu compte que mon vrai intérêt se trouvait dans la composition et dans l’aspect  « production » des disques que j’écoutais. C’est grâce à mon magnéto 4 pistes que j’ai pu commencer à bricoler. Me trouvant un peu plus tard à Londres puis à Paris, j’ai essayé avec des amis de monter des groupes de rock mélodique afin de jouer nos propres compositions. Mais comme pour bon nombre d’autres musiciens novices, les résultats escomptés n’étaient pas au rendez-vous (!). Malgré cela, c’était tout de même des expériences très formatrices. En parallèle à ces activités, j’avais pourtant continué d’enregistrer plein de bribes de morceaux instrumentaux chez moi, ce qui fait qu’après la disparition du dernier groupe, j’ai poursuivi mon chemin en solo à élaborer mes propres compositions.

2-    Peux tu maintenant nous dire quelques mots sur "The Lighthouse Keeper" ("Le gardien du phare"). A ma connaissance il s’agirait là de ton 1er album studio : comment en définirais tu la musique ?

En effet, il s’agit bien là de mon premier album. Pour ma part, je dirais que la musique y figurant est un mélange de rock mélodique progressif, avec des influences de folk celtique et un soupçon de guitare classique. L’ensemble évoquant l’ambiance de la mer, il en résulte donc une musique assez planante, une musique à respirer ! A ce sujet, j’aime beaucoup l’expression suivante d’un ami qui défini l’album ainsi : "Ballades océaniques pour guitares atmosphériques" !

3-    La musique de "The Lighthouse Keeper", très évocatrice, semble nous raconter une histoire : y’a t-il un thème central à cet album et si tel est le cas pourrais tu nous en dire un peu plus sur celui-ci?

Oui, cela faisait un moment que je songeais à faire un album concept sur les phares et de leurs gardiens. Ayant vécu une bonne partie de ma jeunesse tout près de la côte, j’ai toujours été attiré par le phare le plus proche (celui des Needles à l’Ile de Wight en GB). Et l’effet d’entendre de la corne de brume depuis mon plus bas âge m’a certainement fait une grande impression ! Suite à l’automatisation de la plupart des phares, et donc de la disparition de leurs Gardiens et de leurs traditions, je voulais à ma façon leur rendre hommage en évoquant ce chapitre de la vie côtière qui s’est achevé.

4-    Te revendiques tu d’un courant ou d’un genre musical précis ? Et concernant tes goûts personnels, as-tu styles musicaux de prédilection et si oui lesquels ?

Je ne me revendique pas d’un courant ou d’un genre musical précis car je n’ai pas l’impression que ma musique se colle parfaitement à un seul genre, tel qu’on les voit dans les rayons… J’écoute d’ailleurs avec grand intérêt les propos des auditeurs/trices à cet égard !
En ce qui concerne mes préférences musicales personnelles, j’ai beaucoup écouté la pop et le rock mélodique des années 70 et 80, en particulier Supertramp, Pink Floyd, Genesis, Dire Straits, Chris Rea, Marillion, etc. Plus récemment, je me suis intéressé aussi à la musique Country. La qualité et la finesse des musiciens de ce milieu-là est vertigineuse ! En effet, ce n’est pas pour rien que Mark Knopfler à invité le talentueux joueur de guitare pedal steel Paul Franklin ainsi que le grand Vince Gill de Nashville à se joindre à Dire Straits pour prêter main forte à l’album "On Every Street" !

5-    Je tiens à t’adresser toutes mes félicitations, car tu es en effet le seul musicien crédité sur l’album et je trouve que tu t’en sort plutôt pas mal dans le genre multi-instrumentiste ! Quel talent ! Peux tu nous dire quels sont les instruments que tu as utilisés pour donner vie à la musique de "The Lighthouse Keeper" ?

Je te remercie ! Je dois dire que j’aurais souhaité travailler en équipe pour ce projet mais cela n’a pas été possible pour toutes sortes de raisons, d’où mon "one man band" ! Ceci dit, j’ai pu incorporer quelques partitions de percussion (au séquenceur) d’amis batteurs, mais hélas c’était tout ! Pour la partie live, je me suis servi de trois guitares : pour la guitare électrique, ma vieille Charvel, et pour les guitares acoustiques, deux Yamahas (dont une classique). Pour tout le reste (basse, percus, synthés, etc.), il s’agit principalement de travail de séquenceur avec les sons du Roland JV1080 et du Roland Sound Canvas.

6-    En découvrant ton 1er album, on est tout de suite surpris par l’excellence de sa production. En effet, "The Lighthouse Keeper" bénéficie vraiment d’une incroyable qualité sonore. Quelle technique as tu employée pour arriver à un tel résultat ?  Aurais tu enregistré et mixé l’album dans un vrai studio professionnel ?

L’album a été enregistré chez moi dans mon petit studio (que j’appelle "The Deep South Studio"), mais le mastering a été fait dans un vrai studio professionnel. J ‘ai enregistré chez moi la plupart des pistes guitares en stéréo afin d’approfondir l’image sonore, mais j’ai surtout bénéficié de l’énorme coup de main (coup d’oreilles ? !) de mon grand ami Wolf Lintz, producteur/compositeur très expérimenté, qui m’a très gentiment conseillé en matière du mixage.

7-    En  écoutant "The Lighthouse Keeper", on peut observer un certain lien de parenté avec la musique du breton Dan Ar Braz ou encore celle de Steve Rothery du groupe Marillion, dont ton jeu de guitare se rapproche parfois de manière assez étonnante du sien : connais tu ces deux guitaristes et si oui, ont il représenté pour toi une influence majeure?

Steve Rothery de Marillion a certainement été une grande influence, mais il n’est sûrement pas le seul ! C’est vrai que j’ai été très impressionné par son jeu, ses mélodies et son utilisation d’effets. Un grand guitariste que j’ai croisé aux Nomis Studios de Londres à l’époque où Marillion recevaient des candidats pour le remplacement de Fish ! Et non, je n’en était pas un, et loin s’en faut!
Pour ce qui concerne Dan Ar Braz, je n’ai découvert ce grand musicien et sa musique que très tardivement grâce à mon ami Wolf Lintz, alors que j’étais toujours à Paris, et ceci après avoir déjà  composé la quasi-totalité de "The Lighthouse Keeper". Wolf m’a prêté son disque « Thème for The Green Lands » après avoir écouté mes maquettes pour la première fois, car lui aussi a fait le même rapprochement que toi. En raison sûrement de mes racines celtes, sa musique m’a fait une énorme impression dès l’introduction. C’était vraiment une émotion très forte à l’écouter la première fois, d’autant plus qu’on avez eu l’idée de mixer cornemuses et guitares rock nous-mêmes en groupe des années auparavant, mais sans les joueurs de cornemuses pour le réaliser !

8-    La réalisation de ce 1er album date de l’année 1998 et pour ma part je n’ai découvert celui ci que tout récemment et un peu par hasard : comment en as tu assuré la distribution jusqu’à aujourd’hui ? Et comment envisage tu l’avenir pour cet album qui a mon sens gagnerait à être connu davantage ?

Depuis la réalisation de l’album, beaucoup de temps s’est écoulé alors que j’attendais la signature d’un contrat de licence qui malheureusement à échoué, et ce pour des raisons en dehors de mon contrôle. Entre-temps, avec mon propre label Beachcomber Music, j’ai commencé une petite auto-distribution locale, avant de me relancer à la recherche de collaborateurs pour assurer une distribution à plus grande échelle. Actuellement ma musique est représentée par la maison de promotion "Australian Music Marketing Abroad" lors de salons tels que le Midem. Avec les autres pistes que je suis en train d’explorer en ce moment, j’espère que je vais bientôt trouver le bon créneau qui me permettra de pouvoir présenter mon œuvre à un public plus nombreux.

9-    Je sais de source sûre que tu travailles en ce moment même à la réalisation d’un nouvel album : y aura t-il donc un successeur à "The Lighthouse Keeper", ou au contraire te tournerais tu vers quelques chose de radicalement différent ?

Dès la conception du projet de  "The Lighthouse Keeper", je savais que voulais continuer à explorer les mêmes thèmes via mes futures compositions, et aussi rester assez proche de l’image de Beachcomber Music (Beachcomber = batteur de grève). L’enregistrement de l’album suivant est d’ailleurs bien avancé, et j’espère qu’il apportera d’avantage de couleurs et de nuances sonores au Gardien du phare !

10-    Aurons nous un jour la chance de découvrir ta musique sur une scène française, et pourquoi pas avec un vrai groupe à l’appui ?

C’est une idée intéressante. J’aimerais bien voir ce que ça donne avec un vrai groupe ! Sait-on jamais ?

11-    Quelques chose à rajouter pour nos lecteur du Koid’9, ainsi qu’à toutes celles et ceux qui n’ont pas encore découvert ta musique ?

Pour toutes celles et ceux qui sont à la recherche (à l’image des batteurs de grève peut-être !) d’une ambiance musicale un peu en dehors des sentiers battus, une musique « à respirer », j’aimerais signaler que l’on peut découvrir de courts extraits de l’album en Real Audio sur le site www.beachcombermusic.com, et aussi chez www.cdbaby.com. Bon vent à tous !

Propos reccueillis par Philippe Vallin


Jeudi 13 juillet 2006 4 13 /07 /2006 23:54
- Par Philippe Vallin
Sigur Ros - "( )" (Fatcat Records)

Après des débuts pour le moins confidentiels ("Von" et "Recyle Bin", les deux premières galettes du groupe parues respectivement en 1997 et 1998, n’avaient malheureusement pas trouvé, à l’origine, de distributeur hors des frontières étriquées de l’Islande), la carrière de Sigur Ros a connu un singulier coup d’accélérateur courant 2000, avec la sortie de "Agaetis Byrjun", troisième essai numérique véritablement fondateur. Revigorante bouffée d’air frais balayant allègrement les codes stylistiques politiquement corrects, ce disque incroyablement abouti a, en effet, permis à la formation d’accéder à une réelle reconnaissance publique et médiatique à l’échelle internationale. Cerise sur le gâteau, la bande du talentueux chanteur/guitariste Jónsi Birgisson a alors décroché la première partie de Radiohead sur l’ensemble des dates européennes du "Kid A Tour". Deux ans après ce tour de force, Sigur Ros (patronyme pouvant se traduire par "Victoire Rose", en hommage au prénom de la petite sœur de Jónsi dont la naissance, en 1994, a coïncidé avec celle du quatuor) remet aujourd’hui le couvert en publiant le somptueux "( )", nouvel opus au titre et au packaging on ne peut plus énigmatiques et dépouillés, à l’image d’un univers sonore hors norme.

Au-delà d’une indéniable gémellité avec des groupes trendy tels que Mogwai, Spiritualized, Radiohead ou encore Godspeed You Black Emperor (autre merveille du moment), la rondelle numérique enfantée par nos turbulents gamins de Reykjavík célèbre un post-rock d’une rare originalité, qui puise son inspiration dans la majesté farouche des landes islandaises. Atmosphériques et évanescentes à souhait, les huit compositions gravées sur ce millésime 2002 cristallisent en effet à merveille les mystères et légendes de la terre d’Islande, berceau de tous les extrêmes et de tous les contrastes, et atteignent d’enivrants sommets créatifs et émotionnels. Hantées par la voix lancinante et androgyne du ténébreux sieur Birgisson (qui utilise, par ailleurs, un archet de violoncelliste pour tirer de ses six-cordes des plaintes glaciales et hypnotiques), ces chansons ‘sous éther’ s’étirent langoureusement durant bien souvent plus de dix minutes, faisant ainsi la nique aux étiquettes et aux formats imposés par les radios. À grand renfort de nappes de claviers planantes et éthérées et de sections de cordes frémissantes de sensibilité, "( )" nous offre une musique de l’âme, profonde et mélancolique, naviguant en permanence entre le calme et la tempête. Le dernier titre de l’album, qui démarre de manière minimaliste et quasi religieuse avant d’exploser dans un orgasme rock tellurique, en constitue d’ailleurs la plus sublime des illustrations. Au final, les membres de Sigur Ros s’aventurent, sur cette œuvre brumeuse et onirique, dans des contrées musicales sauvages et grandioses qui évoquent, avec un mimétisme frappant, les paysages tourmentés de leur île natale. Du grand Art ! Bertrand Pourcheron et Philippe Vallin

(Chronique parue initialement dans le magazine "Harmonie")

Et une autre chronique du même album, signée par mon ami Fred Natuzzi à lire ici

Jeudi 13 juillet 2006 4 13 /07 /2006 07:56
- Par Philippe Vallin
Mari Boine - Eight Seasons (Emarcy/Universal 2002)


Née en 1956 dans un petit village en plein cœur de la Norvège septentrionale, la chanteuse Mari Boine est une authentique guerrière qui se bat pour la défense de la culture Saami, peuple dont elle est originaire, et plus connu dans nos contrées sous le nom de Lapon. De ce qualificatif, Mari Boine n’en veut pas : le terme "Lapon" a en effet été inventé par les 1er colons arrivés sur le territoire (faisant référence à un ancien terme scandinave signifiant "chiffon" ou "guenille"), comme celui du non moins péjoratif "sioux" pour les lakotas de John Trudell, autre grand porte parole d’une culture en péril. Suite au tracé des frontières dans les grandes étendues nordiques, le peuple Saami se voit contraint d’abandonner son mode de vie nomade consistant à suivre la migration des rennes pour assurer sa subsistance. Encore un point commun avec la culture des indiens des plaines, qui se ressent complètement dans l’approche chamanique de la musique de Mari Boine (mais j’en reparlerai un peu plus tard). Depuis le jour où cette dernière a pris conscience de son identité samie, la fille timide et réservée qu'elle était a toujours milité activement pour préserver et revendiquer l'identité de son peuple, qui a l’instar de bon nombre de minorités ethniques à travers le monde fut longtemps niée et méprisée.

Tout d’abord enseignante, Mari Boine débute sa carrière de chanteuse et de musicienne à l’âge de 24 ans, poussée par la révolte et son envie de la crier (elle cite : "Quand je me suis rendu compte de ce qu'avait subi mon peuple : on lui a interdit de parler sa langue à l'école, sa religion - le chamanisme - a été niée, sa terre morcelée, partagée entre la Finlande, la Russie, la Suède, la Norvège"). Pour cela, elle met à contribution son propre héritage, celui du "Joik" ou chant traditionnel poétique qui a bien failli disparaître lui aussi à l’initiative des samis eux mêmes, convertis à la religion luthérienne à partir du XVIe siècle par les missionnaires ("Ils leur ont demandé de prendre des noms norvégiens et quand les premières églises ont été construites, on a pris aux chamans leurs tambours pour les brûler."). Mari Boine produira une foule de chansons engagées après la grande manifestation des Samis en 1978, rassemblement massif contre Jean-Marie Le P.. euh non… contre la  compagnie d'électricité nationale et son projet de construction d’une écluse sur leurs terres ancestrales. Mais sa renommée dépassera les frontières en 1989 quand elle enregistre au Realworld studio "Gula  gula" ("Ecoute Ecoute"), son 1er et dernier album pour le jeune label d’un certain Peter Gabriel, déjà lancé alors dans sa croisade pour la promotion des musiques du monde. Le thème développé dans ce premier album est un thème cher à la culture samie puisqu’il s’agit d’un hommage à la Terre en tant une mère nourricière. Musicalement, le résultat est tout à fait étonnant, souvent climatique, largement inspiré de la transe chamanique (percussions quasi omniprésentes) et mêlant allègrement plusieurs formes d’expressions musicales, traditionnelles et contemporaines. La chanteuse s’entoure dès lors d’un groupe multi-facettes très porté sur l’acoustique (le Mari Boine Band), dont il ne subsiste à ce jour que deux rescapés : l’inventif guitariste Roger Ludvigsen et le flûtiste péruvien Carlos Z. Quispe (également joueur de charango, petite guitare originaire de l’Amérique du sud). C’est avec cette formation que Mari Boine produira ses œuvres les plus brillantes et inspirées, dont les deux chefs d’œuvres absolus que sont "Eagle brother" et "Unfolding" chez Verve records. Le chant incantatoire de Mari Boine est une véritable merveille de puissance expressive et de beauté, qui saura ravir les amateurs de Loreena Mc Kennitt,  Lisa Gerrard et de Dead Can Dance (période World music). La chanteuse est également connue pour avoir participé à plusieurs albums du célèbre saxophoniste norvégien Jan Garbarek, l’un des tous grands musiciens de l’écurie  ECM.

La nouvelle perle de Mari Boine s’intitule donc "Eight seasons", disque qu’elle a enregistré en compagnie du pianiste Bugge Wesseltoft, figure de proue de la scène electro-jazz norvégienne avec Nils Petter Molvaer, déjà co-initiateur l'année dernière d'un album remix (pas très glorieux d’ailleurs) de la chanteuse. En effet, si Mari Boine a toujours été quelque peu réticente à l’usage des programmations et des sonorités synthétiques, elle cède aujourd’hui à la mode en mêlant intimement tonalités acoustiques et électroniques en une fusion électro-ethnique très tendance (je vous rassure, rien à voir avec les bricolages superficiels à la Afro celt sound system). Un tel parti pris afin de populariser au maximum son message et de toucher enfin le grand public ? Intention tout à fait louable dans son cas il va sans dire, d’autant plus que l’album est musicalement abouti, sachant éviter les pièges du tout consensuel, de la soupe fadasse technoïde ou des déviances New-âgeuse. Malgré cela, il est acquit que personne (et surtout pas le fan dévoué) ne criera au génie en écoutant "Eight seasons". Peut être un bon moyen cependant au néophyte de découvrir et de soutenir par la même occasion cette merveilleuse artiste qui a tout compris au sens de la World music. Philippe Vallin




Mardi 11 juillet 2006 2 11 /07 /2006 21:30
- Par Philippe Vallin
Huun Huur Tuu - Best live (Jaro 2001)

Dans la langue du peuple de Touva (minuscule république autonome de l’ex-URSS située en plein cœur de l'Asie, au sud de la Sibérie), l’expression "Huun Huur Tu" se réfère aux rayons du soleil éclairant la prairie au crépuscule (traduction littérale : "Le Prisme vertical de la lumière bleue"). Les 4 membres de cet ensemble musical étonnant ont choisi ce patronyme pour mettre en évidence leur attachement profond aux traditions pastorales et au mode de vie nomade propres aux grandes plaines de la toundra dont ils sont originaires. A la frontière de la Mongolie et à l’instar de cet immense et magnifique pays, la république de Touva est célèbre pour sa musique insolite et fascinante, plus particulièrement pour son fameux "chant de gorge" (ou "kloonei" en langue mongole), qu’on appelle en occident  "chant diphonique" ou "chant harmonique". Cette technique vocale, rebutante de prime abord mais passionnante quand on veut bien prendre la peine de s’y plonger, est assez proche de celle développée par les moines tibétains ou encore par certain vocalistes japonais. Grâce à celle-ci, un même chanteur peut produire deux, voir trois tonalités simultanément avec sa voix ! (la ligne dite "fondamentale" et une ou des "harmoniques"). Faisant appel à des vibrations et des mouvements précis de la cavité buccale, y compris des lèvres, de la langue, du palais, du larynx et de la glotte, doublés d’un travail de maîtrise du souffle, le chanteur peut produire des sonorités surprenantes et variées, allant même jusqu’à imiter des bruits de la nature tels que le chant des oiseaux, le vent dans la steppe, le ruissellement de l’eau , le hennissement des chevaux ou le cliquètement rythmique des étriers d’un cavalier (tradition nomade oblige : le cheval est l’élément primordial et omniprésent dans l’art et la culture des Touvas). Les membres de Huun Huur Tu excellent dans cet art ancestral qu’ils développent avec une incroyable maîtrise (chant tour à tour aigus et guttural), doublée d’une attention toute particulière en ce qui concerne le style et l’accompagnement instrumental (vielle à tête de cheval, luth, guimbardes, percussions et guitare).


Kaigal Ool Khovalyg, Anatoli Kuular, Sayan Bapa et Alexei Saryglar ont depuis toujours axé leur travail sur le répertoire traditionnel tuvan, faisant revivre des chants très anciens et oubliés (qui d’ailleurs le seraient restés sans la chute du mur de Berlin), et en réhabilitant par la même le Klooneï au rang de véritable musique populaire portée par les nouvelles générations. Mais si leur répertoire reste toujours ancré dans leurs traditions, celui ci joue la carte de la constante innovation, notamment par le biais d’étonnants métissages initiés avec le défunt Franck Zappa au début des années 90, puis poursuivis avec des collaborations fructueuses avec des musiciens de la trempe de The Chieftains, The Kronos quartet, Fun Da Mental ou encore le Mystère des voix Bulgares. Grâce à cette ouverture, le groupe connaît aujourd'hui un succès international retentissant, salué par toutes les critiques et se produisant sur diverses scènes du monde entier à guichet fermé. Tandis que dans leurs compatriotes de Yat-Kha font fusionner leur chant de gorge avec des musiques résolument modernes (rap, rock..), nos quatre compères de Huun Huur Tu restent fidèles à leur répertoire et à leurs instruments traditionnels, ne s’accordant que quelques légers écarts (utilisation de la guitare acoustique espagnole) pour proposer une musique à la fois innovante et ancrée dans ses fondements ancestraux. Cet album maladroitement intitulé "Best live" (quel manque d’imagination !) et enregistré lors d'un festival folk en Russie au mois d’avril 2001 en est le plus beau témoignage et la meilleure introduction que l’on puisse rêver. Ayant eu pour ma part la chance de pouvoir applaudir Huun Huur Tu à deux reprises (au festival "Quartier d’été" en juillet/août l’année dernière puis récemment au théâtre du Trianon à Paris), je n’aurai cependant qu’un seul regret : que cet album extraordinaire* mais peu généreux dans sa durée ne soit pas double, tout simplement. Et ce n’est pas la substance musicale qui manquait pour ce faire, croyez moi ! Philippe Vallin

* Un deuxième volume est finalement paru depuis chez le même éditeur, pour notre plus grand plaisir, avec un titre tout aussi recherché que celui de son prédecesseur : "More live"



Lundi 10 juillet 2006 1 10 /07 /2006 19:38
- Par Philippe Vallin
Six Organs Of Admittance - The sun awakens (Drag city 2006)

"The sun awakens" est le tout nouvel du groupe américain Six Organs Of Admittance, toujours  mené de main de maître par son très prolifique leader, le guitariste Ben Chasny (ex-Plague Lounge). En effet, venue au monde en l'an de grâce 1998 quelque-part en Californie, cette formation a déjà publié depuis pas moins de huit albums rock de très bonne tenue. Ben Chasny, à l'instar d'un Anton Newcombe du barré mais jouissif Brian Joneston Massacre, est à n'en point douter une sorte de  créateur insatiable, un compositeur compulsif, activité qu'il décrit d'ailleurs lui même comme "indispensable à sa survie". La musique de Six Organs of Admittance, toujours surprenante malgré un style bien marqué, navigue entre folk éthéré, rock psychédélique façon fin des sixties, et "Post-rock" obscur et tellurique cher à G.Y.B.E ou Mogwai. En parfaite harmonie, un univers acoustique fait de guitares sèches tendance pastorale et de chansons baba-cool côtoie en effet celui, plus "cosmique", que n'aurait pas renié le Pink Floyd de Syd Barrett (ou du Gilmour des débuts), car dominé par de longue plages atmosphériques et des solos électrifiés à la mode d’antan. "The sun awakens", cuvée 2006 de Ben Chasny, n'échappe pas à la règle. L'album s'ouvre sur quelques notes de guitare en apesanteur, puis enchaine avec "Bless your blood", une chanson typiquement  "floydienne" (ah, ces choeurs !), aux doux relents mystiques d'un Popol Vuh, autre émanation incontournable de la musique planante des années 70, allemande cette fois-ci. La présence de divers instruments traditionnels, tels que la flûte Ney persane ou les percussions moyen-orientales, enrichissent la couleur et la texture des compositions. Finement ciselées, chacune de celles-ci se dégustent comme un voyage à travers une époque heureuse et révolue, jusqu'à celui, monolithique et ultime, qui clôture le disque. Car le plat de résistance, c'est bel est bien 'River of transfiguration", qui domine l'album du haut de ses 24 minutes en forme d’immense trip planant et torride, dans lequel on retrouve tout l'esprit du "Live at Pompéi" des Floyds (quelle influence majeure, décidemment !). Drone, gongs, effets de reverbs, échos et saturations sur les guitares, chœurs d'outre-tombe et même chant harmonique : tout est là pour vous faire partir loin, très loin ! Mon coup de coeur rock du mois, vous l'aurez compris. Philippe Vallin


Dimanche 9 juillet 2006 7 09 /07 /2006 12:14
- Par Philippe Vallin
Coyote Oldman – Rainbird (Coyote Oldman Music 2004)

Coyote Oldman est un duo de flûtistes américains fort inspiré par l’héritage des musiques amérindiennes, qui a fait ses premiers pas discographiques au milieu des années 80, alors que la mouvance new-age était à son apogée outre atlantique. Mais comme d’autres créateurs d’univers sonores découverts à la même époque, incorporant très souvent un large instrumentarium ethnique à leur musique ambient à vocation électronique (citons ici les deux plus célèbres et talentueux : Steve Roach et Robert Rich), ils ont su développer un style bien à eux, un genre musical à part entière, à des années lumières des clichés et des banalités du genre new-age, si toutefois même on peut encore aujourd’hui les y affilier. 

Coyote Oldman, à la différence de ses pairs, développe une musique d’obédience atmosphérique, mais en se situant dans un champ presque exclusivement acoustique, manipulant cependant avec talent les effets d’échos, de reverbes, les superpositions de textures sonores, ce qui donne à leur musique une réelle profondeur et certaine dimension onirique.

Michael Graham Allen est le fondateur du groupe (pour lequel il vient de créer son propre label, après les années passées chez Hearts of Space), principal instrumentiste et compositeur. Passionné par les flûtes des natifs américains mais aussi par celles issues des cultures précolombiennes (un peu à la manière du mexicain Jorge Reyes, autre grande référence en la matière), il passe la plupart de son temps à se documenter et à effectuer des recherches à travers le continent sur les origines et l’histoire de ces instruments.

Également luthier émérite, Michael a la particularité de fabriquer quasiment tous les instruments qu’il utilise pour la réalisation de ses disques. Il est même devenu avec le temps l’un des artisans respectés dans l’art de confectionner les flûtes des indiens d’Amérique du nord, comme ces fameuses Siyotankas, flûtes à bec de gamme pentatonique au son très doux, généralement utilisées à des fins de séduction amoureuse ! Ces flûtes d’origine lakota (sioux), mais qu’on retrouve aussi sous la même forme à travers toutes les nations indiennes, ont été popularisées par le Navajo-Ute R. Carlos Nakai (LE grand maître de cet instrument), ou encore par Douglas Spotted Eagle, dans un registre davantage easy-listening mais pas toujours inintéressant.

Barry Stramp, le second membre de Coyote Oldman est aussi le moderniste du duo américain. Barry est en effet un technicien aguerri et un magicien du son, celui qui ouvre les horizons aux flûtes de Michael et qui leur confère toute cette profondeur, cette force évocatrice et émotionnelle. En tant que musicien, Barry, bassiste de formation, maîtrise également toute une gamme de pan pipes des Andes, ocarinas, et bien sûr n’est pas en reste avec les fameuses "natives flûtes". Il est cependant absent (définitivement ?) de la réalisation de Rainbird, onzième opus du groupe, remplacé ici par un certain Joël Wild, crédité à la basse, aux claviers, percussions, à l’enregistrement et à la production de ce double album. Rainbird est le commencement d’une nouvelle série d’enregistrements, celle-ci consacrée aux flûtes Anasazis, dont de nombreuses répliques ont été construite par Michael à partir de modèles originaux découverts sur des sites archéologiques et datés de 800 à 1 200 ans d’âge. Anasazi est un terme navajo qui signifie "Les Anciens", ou "Ceux qui nous ont précédés". Les Anasazis, ancienne civilisation précolombienne, agriculteurs sédentaires (et constructeurs d’étonnants immeubles de pierre aux pieds des falaises !), seraient donc les premiers indiens d’Amérique du nord, les ancêtres des Zuñis, Hopis de l’Arizona et du Nouveau-Mexique. Les Anasazis auraient eu donc la particularité de construire et de jouer de magnifiques et grandes flûtes droites en bois, dont il nous est possible aujourd’hui d’entendre les sonorités et d’imaginer la musique grâce au travail magnifique de Michael Graham Allen.

Le premier CD, au climat serein et lumineux, est exclusivement consacré à ces instruments aux harmoniques complexes, la plupart du temps joués en soliste, afin de rendre hommage à la pureté et à la fluidité du son. Le second CD nous plonge dans un climat plus sombre, plus nocturne, appuyé par les textures de claviers et les lignes de basses hypnotiques de Joël Wild, reprenant le rôle de Barry Stramp avec brio. Avec ce nouvel album, la palette sonore de Coyote Oldman se renouvelle cependant, sans que soit renié le style du duo et sa formidable expressivité. Un must pour tout amateur de flûtes méditatives, de culture amérindienne et de musique atmosphérique. Philippe Vallin




Site web sur lequel on trouve disques et flûtes :
www.coyoteoldman.com



J'utilise moi même les flûtes de Michael Graham Allen  dans divers contextes : soirées contes, animations, concerts... Je possède en effets quelques modèles fabriqués par Michael (un artiste on ne peut plus généreux, abordable et sympathique), dont la fameuse flûte Anasazi, très difficile à maîtriser, qui fait l'objet de ma chronique de "Rainbird". Dans les deux photos ci-contre et ci-dessous, je joue des siyotankas, magnifiques instruments au son très doux et à l'échelle pentatonique très agréable à l'oreille, lors d'un spectacle conçu et réalisé avec mes amis Boris Lelong et Joon Claudio de l'association Altamira, avec un instrumentarium varié à l'appui : divers flûtes et percussions, Luth "Hegelung" et gongs "Gangsas" philippins, didgeridoo, guitares, etc ...





Pour plus d'information sur le projet Diwata, avec extrait vidéo, voir le lien suivant: http://www.altamiraworld.net/diwata/
 
Photos : Sylvie Hamon


Vendredi 7 juillet 2006 5 07 /07 /2006 23:23
- Par Philippe Vallin
Steve Roach & Jeffrey Fayman with Robert Fripp & Momodou Kah - Trance spirits (Projekt 2002)

Robert Fripp de King Crimson crédité dans un album de Steve Roach ? L’occasion est vraiment trop belle de vous présenter cet incroyable musicien que j’affectionne tout particulièrement, et ce depuis bien des années. Chef de file d’un genre musical à part entière et véritable créateur d’univers sonores, le californien Steve Roach (qui pour l’anecdote habite au beau milieu du désert en Arizona) est devenu en quelques années un véritable pionnier, voir une institution vivante dans le très large monde des musiques électroniques contemporaines. Son nom est en effet aujourd'hui au moins aussi important que celui de l'allemand Klaus Schulze, influence avouée mais largement transcendée. Passionné de cultures primitives et de grands espaces vierges, Steve Roach est, entre autres, l’inventeur du "Tribal ambient", un style unique et original qui compte aujourd’hui de nombreux adeptes en Amérique, mais bien peu cependant dans nos propres contrées.  Cette musique texturale peut se définir par le mélange de nappes synthétiques planantes (on en oublie d’ailleurs le musicien qui est à l’œuvre derrière ses claviers & ordinateurs !) et instruments ethniques d’origines diverses (flûtes, percussions, etc.). Maître incontesté du genre, notons que Steve Roach est l’un des premiers musiciens à avoir popularisé le didgeridoo (trompe utilisée dans les rituels aborigènes), qu'on retrouve par exemple dans un double album monolithique intitulé " Dreamtime Return" (1ère édition en 1988 chez fortuna records). Ce dernier, l’une des œuvres les plus marquantes et emblématiques de Steve Roach, illustre un long voyage initiatique qu'il a lui même accompli sur les terres ancestrales des natifs d’Australie. Une fort belle manière pour le californien de nous faire partager ses souvenirs, ses rêves et ses émotions. Et l'expérience, immersion totale dans un autre monde, vaut le détour (disque de chevet de votre serviteur).

Steve Roach a produit pas loin d’une quarantaine d’albums depuis 1982, sans aucune faute de goût ni défaut d’inspiration, perfectionnant d’œuvre en œuvre son incroyable savoir faire dans la fusion de technologies modernes avec des sonorités issues de l’aube des temps. Il a collaboré tout au long de son œuvre avec bon nombre d’artistes se revendiquant du même courant, je citerai en vrac ses compatriotes Robert Rich, Thom Brennan, Michael Stearns, le mexicain Jorge Reyes (grand spécialiste des instruments précolombiens), le guitariste espagnol Suso Saiz, Vidna Obmana, Vir Unis, le virtuose du didgeridoo David Hudson, et bien sûr, le bidouilleur de sons électroniques Jeffrey Fayman, dont il est également question ici. Beaucoup plus surprenant, Steve Roach a également travaillé avec le guitariste David Torn et le batteur/percussionniste Michael Shrieve, pour un album assez atypique, intitulé "The leaving time" (BMG), qui a malheureusement complètement disparu de la circulation aujourd’hui. Pas si étonnant que cela donc de retrouver un musicien de la trempe de Robert Fripp sur le nouveau projet de Steve Roach (allié à Jeffrey Fayman), qui vient ici faire fondre ses soundscapes guitaristiques avec les nappes profondes et hypnotiques de ses deux collaborateurs. Au sommaire de "Trance spirits", sept morceaux complètement envoûtants qui s’écoutent d’une seule traite, comme un seul et unique grand trip chamanique. Si la musique de Steve Roach est par nature très éthérée, parfois proche du silence, "Transe spirit" se veut beaucoup plus dense, plus contrasté que la majorité des œuvres du californien, car bénéficiant aussi de l’apport du percussionniste Momodou Kah. Faisant jaillir ses pulsations rythmiques du magma électronique qui donne corps à l’album, le musicien africain excelle véritablement du début à la fin. Difficile cependant de distinguer qui fait quoi entre Fayman, Fripp et Roach (également crédité à la guitare), tant leurs textures respectives fusionnent à merveille, créant un climat onirique total. Un disque véritablement très fort, une pure expérience mystique, primitive, à vivre allongé sur le sol, dans le noir, la tête bien calée entre les enceintes. Philippe Vallin



Jeudi 6 juillet 2006 4 06 /07 /2006 21:02
- Par Philippe Vallin
Blackfield (Helicon 2004)

Si le nom de Steve Wilson évoque quelque-chose pour vous, il conviendra cependant de présenter Aviv Geffen, second pilier du projet Blackfield qui nous intéresse ici. A l’instar de la chanteuse Noa, Aviv Geffen est aujourd’hui une véritable pop star à part entière dans son pays d’origine (Israël donc), et tout comme elle il est connu pour ses partis pris positifs en matière de paix au Proche Orient. Sorte d’icône adulée par la jeunesse de Tel Aviv, Geffen apporte le plus grand soin à son image, avec un look très travaillé, ses fringues tendance et ses maquillages parfois outranciers lui conférant un aspect gothico-androgyne branché. Ce n’est donc pas un hasard si certains voient en lui une sorte de nouvelle émanation de David Bowie ! Côté musique, Aviv Geffen écrit et produit son premier album en 1992 (il n’a alors que 18 ans !), essai gagnant qui reçoit un très bon accueil critique à travers le pays. Jolie collection de pop songs aux accents rock avec lesquelles Aviv Geffen se forgera un style bien à lui, cet album marque le début d’une carrière prometteuse pour un jeune et talentueux artiste dont la popularité ne cessera de croître.

La genèse de Blackfield débute en 2000 lorsque Aviv Geffen invite Porcupine Tree à venir se produire en concert à Tel-Aviv et à Haïfa. Il se lie alors d'amitié avec Steve Wilson auquel il voue une grande admiration. Et si les deux hommes ne partagent pas le goût de l’engagement citoyen et politique à travers la chanson, il en est tout autrement en matière de sensibilité et d’accroche musicale. Voilà donc nos deux compères embarqués dans un projet commun à travers lequel ils se partagent chant et instruments, à l’exception de la batterie qui nécessitera les participations successives de Chris Maitland et de Gavin Harrison. La conception de l’album exigera trois années de travail laborieux entre 2000 et 2003 (éloignement géographique oblige), longue gestation qui verra la parution d’une délicieuse galette de 37 trop courtes minutes, très attendues par les fans respectifs des deux musiciens. Blackfield est à la hauteur de nos espérances, si toutefois on ne se borne pas au versant le plus progressif de la musique de Steve Wilson. A n’en point douter, les amateurs de mélodies accrocheuses à l’effet immédiat seront aux anges. Il faut dire que Geffen et Wilson  ont apporté le plus grand soin à l’écriture et aux arrangements de ces dix titres sans fautes de goût ni temps morts. Ouvrage de deux perfectionnistes presque maladifs (dans ce domaine, Geffen semble ne pas valoir mieux que Wilson !), tout est ici en effet hyper soigné, l’ensemble bénéficiant d’une production on ne peut plus riche et classieuse. Côté inspiration, Blackfield ravira les amateurs du Porcupine Tree période "Lightbulb sun", dont il reprend le goût pour la pop-song format single (l’album regorge de tubes en puissance !), les atmosphères souvent mélancoliques (du mellotron, encore, encore.), les guitares acoustiques et les harmonies vocales de toute beauté. Le partage du chant n’est d’ailleurs à mon sens pas tout à fait équitable, et j’aurais aimé entendre davantage la voix de Geffen (au timbre surprenant, à la fois grave et suave) mise en avant.

En conclusion, je dirais que Blackfield possède tous les atouts propres à séduire le plus large public (un passage radio de "Hello" et hop, on atteint le sommet des charts !), encore faudrait-il que l’album soit correctement distribué. Il n’est en effet disponible à ce jour qu’en Israël, où il a d’ailleurs fait un joli carton depuis sa sortie il y a quelques mois. Pour vous procurer ce petit chef-d’œuvre indispensable, il ne vous reste plus qu’à vous connecter sur Ebay, où alors à patienter encore un peu avant la date de sortie européenne, qui reste toujours la grande inconnue de l’histoire. On sait juste que ce pressage contiendra vraisemblablement quelques titres bonus, qui à mon avis ne suffiront pas à calmer les affres de l’attente prolongée. Pour ma part, et sans vouloir faire de pub, j’ai déjà fait mon choix. Philippe Vallin

Site web : http://www.blackfield.org/

 
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