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Ce blog est consacré à mes activités d'animateur socioculturel à la ville de Saint-Denis (93), mais aussi de chroniqueur et de musicien amateur. Au fil de ces pages, vous pourrez suivre l'actualité de divers projets professionnels et autres initiatives que je (co)pilote ou auxquelles je suis associé : événements, rencontres, concerts, scènes ouvertes, jumelages artistiques, etc. Quelques chroniques musicales seront également publiées selon les coups de coeur et l'inspiration. En bref, ce site est une petite fenêtre ouverte sur mon réseau de proximité, un espace d'information et de partage d'expériences. A bientôt !

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Mardi 9 février 2010 2 09 /02 /2010 11:39
Mardi 2 février 2010, trente-quatre communes qui oeuvrent pour le bien-être des retraités ont été récompensées du label « Bien Vieillir » , par la ministre de la Santé Roselyne Bachelot et la secrétaire d’Etat aux Aînés Nora Berra. Chacune de ces villes s'est vue décernée ce prix pour une action "longue durée", projet imaginé et développé afin de favoriser une meilleure intégration des seniors et des personnes âgées à la vie de tous les jours sur le plan local (transport, habitat, prestations de service, lien social, etc). Rappelons que d’ici 2030, trois personnes sur cinq vivront dans les villes et 28% de la population sera âgée de plus de 65 ans, le rôle des communes est donc primordial pour favoriser une politique locale en faveur des aînés. Saint-Denis a été retenu pour sa dynamique culturelle et intergénérationnelle, avec un focus sur le projet "La Mémoire en Chantant".


Saint-Denis : La mémoire en chantant

MEC.jpg Les multiples interventions culturelles organisées auprès des retraités de Saint‐Denis ont amené à développer en 2005 les “Rencontres Musique et Chansons”, scènes ouvertes conviviales, intergénérationnelles et interculturelles. Le service animation et vie sociale s’est appuyé sur cette forte dynamique pour lancer un projet de valorisation culturelle s’attachant aux pratiques musicales des retraités dionysiens, projet intitulé "La Mémoire en Chantant" en lien avec l’association Altamira. Une vingtaine de retraités ont participé à l’enregistrement d’un disque. Les intervenants du disque en ont fait un acte très fort de transmission à l'attention des générations suivantes : transmission d'un message profondément humaniste sur l'art de vivre ensemble et le rôle essentiel que peut y jouer l'expression musicale. Cette dynamique autour du chant, toutes générations confondues a permis de construire d’autres projets.

Depuis novembre 2006, un groupe d’une vingtaine de jeunes et de retraités de 12 à 87 ans participent ensemble à l’atelier d’écriture slam animé par Grand Corps Malade à la résidence de personnes âgées Croizat. Ce projet a abouti en 2008 à la création, l’enregistrement et la diffusion d’un CD par le groupe, avec le concours de musiciens d’horizons divers, professionnels et amateurs.

Depuis, d’autres projets s’écrivent déjà pour juin 2010 avec l’accueil au sein d’une résidence de personnes âgées des musiciennes du Lac Sébu des Philippines durant quinze jours.

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L'ensemble des 34 projets du label "Bien Vieillir"  sont présentés sur le site du Ministère du travail, des relations sociales, de la Famille, de la Solidarité et de la Ville



Dimanche 7 février 2010 7 07 /02 /2010 20:32
- Par Benoît Lagarrigue
NicoleF.jpgUn casque de cheveux courts d’un blanc pur sur un sourire permanent. Nicole promène son regard chaleureux partout où les mots sont dits, lus, aimés. Slameuse, poète, peu importe, l’essentiel est dans le plaisir. Et le partage. Née Prudon juste après la guerre, Nicole a grandi dans une famille aimante et tolérante rue des Moulins-Gémeaux. « Là où est maintenant le CCN. C’était une impasse et on allait chercher l’eau à la fontaine », se souvient-elle en insistant sur la convivialité, l’entraide qui régnaient entre les voisins. Elle va à l’école Jules-Guesde, puis au lycée Paul-Éluard.

De son père, journaliste à feu Saint-Denis Républicain, de sa mère, animatrice en maternelle, de cette maison, « où on couchait sur des livres » et tellement ouverte au monde qu’il n’y avait pas de clé, elle se forge une adolescence rebelle qui la pousse vers une double rencontre : son prof de philo, le poète Jean Marcenac, « qui s’intéressait aux élèves qui ne rentraient pas dans le moule, qui m’a apporté l’ouverture d’esprit », et Mai-68. « C’était extraordinaire ! s’enflamme-t-elle encore aujourd’hui. Nous allions sur les barricades, puis dans les cafés de Saint-Denis pour discuter. »

Après le bac, elle devient institutrice et enseigne d’abord à Saint-Denis, puis à L’Île-Saint-Denis, où elle a fait toute sa carrière. « C’était une vraie vocation. J’ai toujours voulu travailler avec les enfants. » Et puis il y a l’écriture. La grande affaire de sa vie. « J’ai toujours écrit : mes impressions, mes révoltes, des poèmes… » C’est donc tout naturellement qu’une fois à la retraite, après des années passionnantes dans l’enseignement, elle lit dans le JSD l’annonce de l’ouverture d’un atelier d’écriture avec Grand Corps Malade. « Ce fut un véritable envol. Nous étions mélangés, personnes âgées, moins de 20 ans… On échangeait nos écrits, c’était très riche. »

Là, elle apprend à dire ses textes puis, de fil en aiguille, de rencontres en échanges, participe activement aux Slam’aleikoum du Café culturel (« quel dommage qu’il ait fermé ! » s’écrie-t-elle), aux Fabrique du macadam, aux Slamélodie, bref à tout ce qui mêle les mots aux gens. Insatiable, elle est du projet d’Altamira, Tous pareils, et anime des ateliers de slam à l’école Jules-Guesde, où elle fut élève, avec des… CP ! Elle évoque encore ses auteurs préférés, Prévert, Aragon, les surréalistes, « ceux qui luttent », son amour de la randonnée, son mari, Angel, et sa famille, « qui me portent », son bonheur de vivre, son espoir, toujours, son goût des autres : « Je n’existe que par eux ».

Tous les matins, à 5h, elle se lève pour écrire, jusqu’à 8h. « Le plaisir d’écrire dans le silence… » Elle sort une feuille et offre quelques vers, frais du matin même, « pour vos lecteurs » précise-t-elle : « Je vous slame pour 2010 une myriade de mots métis… Des mots d’orage pour dénoncer tous les carnages, des mots au goût de larmes chaque fois que se lèvent les armes, des mots où le désir se mêle au désobéir. »

Benoît Lagarrigue
http://www.lejsd.com/

Photo sur cette page : Sivo Norn



Mardi 22 décembre 2009 2 22 /12 /2009 12:09
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Présentation

En juin 2010, la ville de Saint-Denis accueillera sur son territoire le collectif Lemhadong, un groupe de huit musiciennes indigènes des Philippines, avec lequel l'association dionysienne Altamira travaille depuis 11 ans. Le foyer-résidence de retraités Ambroise Croizat a souhaité s'engager dans l'accueil de ces femmes pendant trois semaines, avec une implication au quotidien de l'équipe de professionnels, et en interaction permanente avec les résidents.

Au cœur de cette expérience : une série de rencontres entre ces invitées exceptionnelles et les habitants de Saint-Denis dans leur diversité, orchestrées avec de multiples partenaires locaux. Ces moments privilégiés nourriront une dynamique relationnelle propice à des dialogues chaleureux et hors du commun, mais aussi à des échanges artistiques avec des dionysiens. Enfin, le projet aboutira à une création présentée au Théâtre Gérard Philippe le 25 juin 2010, à l'occasion d'une grande soirée interculturelle qui rassemblera tous les habitants impliqués dans l'aventure.


Historique

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Dés sa création en 1998, l’association dionysienne Altamira a fait la rencontre des femmes du collectif Lemhadong à l’occasion d’un séjour de Boris Lelong aux Philippines.

Dépositaires d’une culture forestière en voie de disparition, elles sont musiciennes, jouant d’instruments aussi différents que le luth hegelung, les gongs smaggi ou la guimbarde kumbing, mais également artisanes : tissage, broderie, perlage, etc… A travers ces pratiques artistiques, elles dialoguent avec les arbres, les oiseaux, les insectes, les fées forestières... Et elles s’adressent à nous : la production de beauté peut-elle encourager les hommes à vivre ensemble et avec leur planète ?

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Pendant dix ans, Boris Lelong a multiplié les missions aux Philippines pour travailler avec elles à un projet culturel de valorisation de leur patrimoine musical. Le fruit de ce travail est le disque "Femmes artistes du lac Sebu" (Editions Buda Musique), un portrait sonore enregistré sur place, acclamé par les professionnels et récompensé par l’Académie Charles Cros. Les musiciennes seront en Europe en juin/juillet 2010, à l’initiative de la République des Philippines. Altamira créera avec elles un spectacle inédit qui sera présenté dans diverses institutions prestigieuses, dont le Musée du Quai Branly, le Festival Les Orientales et le Festival Evora Classica au Portugal.


A Saint Denis

La venue du collectif Lemhadong en Europe est une opportunité que la Ville de Saint-Denis souhaite saisir. L’ancrage dionysien de l’association qui mène ce projet depuis onze ans ouvre la porte à un travail commun qui permettra à la ville et ses habitants de bénéficier de la présence exceptionnelle de ces artistes en France.

La Ville propose d’accueillir les musiciennes du collectif Lemhadong en résidence sur le territoire pendant trois semaines afin de mettre en œuvre une multitude de rencontres et d’échanges interculturels avec les habitants de Saint Denis. Cette résidence culminera avec un grand rassemblement final au Théâtre Gérard Philippe.


Projet de vie à la Résidence Croizat

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A l'invitation du Comité d'Animation de la résidence Croizat, le collectif Lemhadong sera accueilli  dans l'établissement durant tout son séjour à Saint-Denis, soit en prévision du 14 au 30 juin 2010.

L'équipe de professionnels de Croizat ainsi que les résidents volontaires prendront part à l'organisation matérielle et au relationnel au quotidien que cela implique. Ce projet de vie, pensé comme une expérience partagée, sera travaillé en amont avec l'équipe de l’établissement, les résidents, Altamira et le service animation et vie sociale du CCAS.

Ce projet sera l'occasion, tant pour les professionnels que les résidents, de définir et de mettre en œuvre ensemble une organisation adaptée à un mode de vie très différent du nôtre :

–    la mise à disposition de locaux pour l'aménagement d'un dortoir et d'un lieu d'activités journalières,
–    la notion de préparation commune des repas qui prennent en compte la spécificité des régimes alimentaires et favorisent les échanges,
–    un rythme de vie qui favorise de multiples interactions conviviales.

Le lieu d'activités attribué aux musiciennes servira surtout de « base » pour tout le travail de préparation artistique qui aboutira au spectacle donné au TGP. Cet espace dédié sera conçu comme un lieu de rencontre et d'échanges, une dynamique qui est au cœur de tout ce grand projet.


Rencontres avec les habitants

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La venue du collectif Lemhadong sera l’occasion d’organiser une série de rencontres avec les habitants dans divers lieux publics : centres de loisirs, antennes jeunesse, médiathèques...

En mai 2010, avant leur arrivée : présentations dans différents quartiers accompagnées de projections d’images afin de sensibiliser le public à l’univers culturel des musiciennes.

Durant leur séjour : plusieurs rencontres avec les artistes à l’occasion de moments conviviaux, parfois ponctués de quelques pièces musicales, en guise d’invitation au spectacle final.

Ces rencontres permettront de dialoguer sur différents thèmes : le rôle de l’art dans la société, le rapport à l’environnement naturel, la transmission et les liens intergénérationnels, la condition féminine, l’antagonisme entre mondialisation et territoire, etc.

Les femmes de Lemhadong ont toujours vécu dans une société communautaire proche de la nature, sans avoir jamais été scolarisées. Cette expérience de vie peu commune et leur simplicité relationnelle amènent des perspectives d’échanges d’une grande richesse avec les dionysiens de toutes origines et de tous âges.

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En plus des rencontres préparées, les instances informelles permettant les interactions seront nombreuses, notamment au sein de la résidence Croizat : avec les résidents, les professionnels de l’établissement mais aussi les dionysiens qui seront invités à leur rendre visite afin d’échanger chants, mélodies, pas de danse…

Toutes ces rencontres seront conçues dans une optique de brassage social : la présence des artistes philippines offrira un cadre sans pareil pour réunir des habitants de diverses origines et générations ainsi que des professionnels des services municipaux autour d’une expérience commune.


Création au TGP

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Le point d’orgue de la résidence de Lemhadong à Saint-Denis sera une soirée au Théâtre Gérard Philippe le vendredi 25 juin 2010, au cours de laquelle les musiciennes présenteront leur univers culturel dans un environnement valorisant. Cette création artistique sera également nourrie de leur expérience à Saint-Denis, qui pourra prendre la forme de compositions musicales dédiées ou d’invitation d’artistes locaux à les rejoindre sur scène.

Les dionysiens ayant participé aux multiples rencontres seront tous invités à ce rassemblement final. Plus qu’un spectacle, il s’agira d’un moment fort entre les musiciennes et les habitants qui témoignera de cette rencontre interculturelle unique.

Le site web du projet : http://www.altamiramonde.net/lemhadong/
Photos sur cette page : Boris Lelong et Sivo Norn



Lundi 30 novembre 2009 1 30 /11 /2009 23:20














"Le Trio", chanson parlée


"Le Trio" fait de la chanson parlée, pas du slam. Les textes ne sont pas dits sur de la musique, mais avec la musique. C'est tout ! "Le Trio" ne vient pas du rap ou du slam, il vient de la pop et de la littérature. Il ne fait pas de la poésie urbaine, il déploie des textes satiriques, lyriques, romanesques et/ou réalistes dans le filet de compositions d'inspirations variées : indienne, rock, jazz, folk... "Le Trio" ne sait pas toujours ce qu'il fait, mais il essaie de le faire bien !

Sylvain Bonnafoux
: voix
Maël Le Gall : basse & guitare
Eric Habib Nathou : batterie

Jeudi 10 décembre à 20h30
En première partie du groupe Chrysopée

Le Soleil de la Butte
35 rue Muller
Paris 18e
Métro Abbesses (L12) ou Château-Rouge (L4)


Entrée libre
Renseignements au 01 46 06 18 24



Mardi 17 novembre 2009 2 17 /11 /2009 21:58
- Par Philippe Vallin
Steve Shehan & Nabil Othmani - Awalin (Naïve 2009)

Steve Shehan, musicien universel et polyinstrumentiste de génie, croise un jour sur son chemin, et ce par le plus grand des hasards, le touareg Baly Othmani, poète du désert, chanteur et joueur de luth accompli. De cette rencontre inopinée va naître une fructueuse collaboration artistique, qui verra la mise en œuvre d’une éloquente et émotionnelle trilogie discographique métissée avec Assouf, Assarouf et Assikel. Mais, surtout, cette association sera le point de départ d’une amitié et d’une fraternité indéfectible entre les deux hommes, relation dont la sincérité transparait vraiment à l’écoute de ces trois albums inoubliables réalisés ensemble. Assikel sera malheureusement terminé par un Steve Shehan seul aux commandes, et édité à titre posthume, accompagné d’un DVD retraçant tous les contours de cette belle aventure humaine. En effet, Baly Othmani, figure emblématique de la culture Touarègue, disparait tragiquement dans le courant de l’année 2005, emporté par la cru de l’oued de Djanet au sud-est de l’Algérie. Grand inspirateur de toute une génération de jeunes musiciens, chanteurs, danseurs ou poètes, Baly transmet à son fils Nabil ce goût prononcé pour l’expression artistique, le devoir de mémoire et la tradition orale berbère. Nabil Othmani reprend donc le flambeau admirablement tenu par son père, en écrivant des chansons en langue tamasheq accompagnées au son de l’oud arabe "réadapté", qu’il maitrise aujourd’hui avec la même dextérité, mais un feeling plus sobre qui lui est personnel.

A l’instar de son modèle, les compositions de Nabil portent l’histoire des peuples du désert, tout comme les innombrables textes en réserve jamais chantés par Baly. Aussi, Nabil prend soin de continuer à les mettre en musique, tel le "gardien du trésor" comme il se définit lui-même, afin de perpétuer le plus longuement possible l’héritage bien vivant de son père défunt. Nabil Othmanise produit en solo ou au sein de son groupe Timtar ("Mémoire"), dans lequel il s’illustre au chant et à la guitare, navigant entre répertoire touareg, effluves subsahariennes et influences occidentales. Avec Steve Shehan, il partage le même goût pour la rencontre, l’ouverture aux autres, le dialogue musical, et ce n’est certes plus le hasard qui, cette fois-ci, réunira les deux artistes autour d’un même projet ! Après avoir participé ensemble à une série de showcases en France, qui culmineront avec la création du merveilleux spectacle Imen, réunissant sur une même scène le Nabil Baly Orchestra touareg et le célèbre Hadouk Trio, Steve Shehan et Nabil Othmani se lancent dans la production d’un inévitable premier opus en commun. Enregistré et peaufiné  durant toute une année entre l’été 2008 et 2009, Awalin ("ma parole") symbolise à l’évidence cette continuité relationnelle et créative, ce passage de relais entre un père et son fils, qui réitère ce même lien privilégié, fraternel et immuable, basé sur la confiance, l’admiration et le respect mutuel. Le disque n’en constitue pas moins un nouveau défi artistique, et le résultat, s’il fait de bout en bout honneur à l’âme du grand Baly Othmani, se démarque assez nettement (et c’est tant mieux) des trois chefs d’œuvres précédents cosignés avec Steve.

Ce qui saute aux oreilles dès la première écoute d’Awalin, c’est son étonnante accessibilité et son potentiel de séduction immédiat. Il s’agit là sûrement du disque le plus "grand public" produit par Steve Shehan, ce qui n’altère en rien la qualité générale de l’œuvre, subtilement arrangée avec le talent et la "patte" si singulière du musicien globe-trotter. Les dix-sept plages d’Awalin sont ainsi teintées et parsemées d’influences très diverses, avec des sonorités empruntées aux musiques moyen-orientales, africaines, brésiliennes, cubaines, jazz et autres. Fruit d’un long processus de maturation, Awalin représente pour Steve une nouvelle occasion d’explorer d’inédites pistes créatives, une fois n’est pas coutume au moyen d’un impressionnant arsenal instrumental parfaitement maitrisé : piano, claviers, likembé, hang, basse, guitare, orgue de cristal, et bien sûr, une pléthore de percussions glanées de par le monde ! Du côté de Nabil, l’album lui permet de pouvoir se démarquer enfin du style de son très charismatique père, tout en rendant hommage à son univers poétique et en restant profondément ancré dans l’héritage culturel touareg. Le luth se fait ici moins volubile et plus introspectif, le chant également, à tel point que celui-ci pourra même paraître un poil monocorde sur la longueur. La voix de Nabil est suave, juste et de belle texture, mais peut-être un peu trop posée et appliquée dans l’exercice du studio, alors que le musicien en impose davantage dans le contexte du live, où son art lyrique dégage, quand il le faut, une puissante expressivité.

Pour parachever la production d’Awalin, le perfectionniste Steve Shehan a fait appel à quelques invités de marque, citons entre autres son vieux complice Didier Malherbe (bansouri indienne et doudouk arménien), Ibrahim Maalouf (à la trompette sur le fameux Hijaz du Hadouk Trio, ici entièrement revisité), Claude Samard (pedale steel guitare et dobro), et, surtout, la révélation Vladiswar Nadishana, jeune prodige multi-instrumentistes russe avec lequel Steve Shehan a entamé il y a peu une collaboration artistique qu’on peut imaginer également riche de belles promesses ! Le sibérien ne met ici à contribution qu’une infime part de ses innombrables talents, avec quelques interventions éparses de flûtes aux sonorités et aux formes parfois étranges, telle que cette étonnante "futujara" harmonique de sa propre conception.

En conclusion, Awalin est un disque forcément émouvant pour ceux qui, comme moi, auront suivi de près ce singulier parcours humain et artistique, qui aura uni durablement deux hommes d’exceptions grâce à la magie de l’expression musicale. Si Steve Shehan a passé une grande part de sa vie à sillonner les quatre coins de la planète, son attachement reste profond pour le désert saharien et la culture touarègue de cette région lointaine d'Algérie. Car c’est précisément là-bas qu’il a rencontré un jour celui qui incarnera à jamais l’esprit même de sa quête permanente vers la rencontre authentique, l’échange et l’amitié. Nabil Othmani semble avoir tout compris à la démarche commune de son père et frère de cœur, en témoigne aujourd’hui la parution d’Awalin, œuvre passionnante et généreuse qui a tenu sa "parole", et qui évoque l’âme de Baly sans jamais en plagier l’essence. Sublime !

Philippe Vallin
Chronique réalisée pour le magazine Ethnotempos
Photo ci dessous : Boris Lelong





 
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